Angélus : vivre le Carême comme un chemin de liberté et de guérison intérieure

Angélus : vivre le Carême comme un chemin de liberté et de guérison intérieure

En ce premier dimanche de Carême, Léon XIV a invité les fidèles, rassemblés place Saint-Pierre pour la prière de l’Angélus, à entrer dans ce temps liturgique comme dans «un chemin lumineux», marqué par «la prière, le jeûne et l’aumône». En méditant l’Évangile des tentations de Jésus au désert, le Saint-Père a rappelé que le Carême est un temps de vérité, de combat spirituel et de renouveau intérieur.

Après la prière de l’Angélus, le Pape a renouvelé avec force son appel au silence des armes et à la cessation des bombardements.« Un cessez-le-feu doit être instauré sans délai et le dialogue renforcé », a-t-il dit , marquant le quatrième anniversaire du début de la guerre contre l’Ukraine. La paix ne peut être différée : « Chaque guerre est une blessure infligée à l’humanité entière, laissant derrière elle mort, dévastation et une souffrance qui marque des générations. »

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PAPE LÉON XIV

ANGÉLUS

Place Saint-Pierre
Dimanche 22 février 2026

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Chers frères et sœurs, bon dimanche !

Aujourd’hui, Premier Dimanche de Carême, l’Évangile nous parle de Jésus qui, conduit par l’Esprit, se rend dans le désert et est tenté par le diable (cf. Mt 4, 1-11). Après avoir jeûné pendant quarante jours, il ressent le poids de son humanité : au niveau physique la faim et au niveau moral les tentations du diable. Il éprouve la même fatigue que nous ressentons tous sur notre chemin et, en résistant au démon, il nous montre comment vaincre les ruses et les pièges.

La liturgie, avec cette Parole de vie, nous invite à considérer le Carême comme un chemin lumineux où, par la prière, le jeûne et l’aumône, nous pouvons renouveler notre coopération avec le Seigneur dans la réalisation du chef-d’œuvre unique qu’est notre vie. Il s’agit de Lui permettre d’enlever les taches et de guérir les blessures que le péché a pu causer en elle, et de nous engager à la faire fleurir dans toute sa beauté jusqu’à la plénitude de l’amour, seule source du vrai bonheur.

Certes, il s’agit d’un chemin exigeant, et le risque est de nous décourager ou de nous laisser séduire par des voies de satisfaction moins fatigantes, comme la richesse, la renommée et le pouvoir (cf. Mt 4, 3-8). Ces tentations, qui ont également été celles de Jésus, ne sont toutefois que de piètres substituts à la joie pour laquelle nous sommes faits et, au final, elles nous laissent inévitablement et éternellement insatisfaits, inquiets et vides.

C’est pourquoi saint Paul VI enseignait que la pénitence, loin d’appauvrir notre humanité, l’enrichit, en la purifiant et en la renforçant dans sa marche vers un horizon qui a « pour terme l’amour et l’abandon dans le Seigneur » (Const. ap. Paenitemini, 17 février 1966, I). En effet, tout en nous rendant conscients de nos limites, la pénitence nous donne la force de les surmonter et de vivre, avec l’aide de Dieu, une communion toujours plus intense avec Lui et entre nous.

En ce temps de grâce, pratiquons-la généreusement, avec la prière et les œuvres de miséricorde : faisons place au silence ; faisons taire un peu les télévisions, les radios, les smartphones. Méditons la Parole de Dieu, approchons-nous des Sacrements ; écoutons la voix du Saint-Esprit qui nous parle dans le cœur, et écoutons-nous mutuellement, dans les familles, sur les lieux de travail, dans les communautés.

Consacrons du temps à ceux qui sont seuls, en particulier aux personnes âgées, aux pauvres, aux malades. Renonçons au superflu et partageons ce que nous économisons avec ceux qui manquent du nécessaire.

Alors, comme le dit saint Augustin, notre prière, « appuyée ainsi sur l’humilité et la charité, sur le jeûne et sur l’aumône, sur l’abstinence et le pardon, sur le soin de faire le bien sans rendre le mal, d’éviter le mal et de faire du bien » (Sermo 206, 3), atteindra le Ciel et nous donnera la paix.

À la Vierge Marie, la Mère qui assiste toujours ses enfants dans l’épreuve, confions notre cheminement de Carême.

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À l’issue de l’Angélus

Chers frères et sœurs,

quatre ans se sont écoulés depuis le début de la guerre contre l’Ukraine. Mon cœur se tourne encore vers la situation dramatique qui est sous les yeux de tous : combien de victimes, combien de vies et de familles brisées, combien de destructions, combien de souffrances indicibles !

Chaque guerre est vraiment une blessure infligée à toute la famille humaine : elle laisse derrière elle la mort, la dévastation et une traînée de douleur qui marque des générations.

La paix ne peut être reportée : c’est une exigence urgente qui doit trouver sa place dans nos cœurs et se traduire par des décisions responsables. C’est pourquoi je renouvelle avec force mon appel : que les armes se taisent, que les bombardements cessent, qu’un cessez-le-feu soit conclu sans délai et que le dialogue soit renforcé pour ouvrir la voie à la paix.

J’invite tout le monde à se joindre à la prière pour le peuple ukrainien meurtri et pour tous ceux qui souffrent à cause de cette guerre et de tous les conflits dans le monde, afin que le don tant attendu de la paix puisse briller sur nos jours.

Et maintenant, j’adresse mon salut à vous tous, fidèles de Rome et pèlerins italiens et de divers pays.

Je bénis de tout cœur les Sœurs Ouvrières de Jésus, à l’occasion du centenaire de la fondation de l’Institut. Je salue l’École Saint-Joseph Calasanz de Prievidza en Slovaquie et j’adresse mes encouragements aux Associations qui s’engagent à lutter ensemble contre les maladies rares.

Je salue le groupe de l’Apostolat de la Prière de Biella, les fidèles de Nicosia, de Castelfranco Veneto et du doyenné de Melegnano ; les confirmands de Boltiere, les jeunes de la Communauté pastorale Santa Maria Maddalena de Milan et les scouts de Tarquinia.

Je souhaite à tous un bon dimanche et un bon cheminement de Carême.

Texte proposé par l’Association de la Médaille Miraculeuse

La Chaire de saint Pierre, évêque de Rome

La Chaire de saint Pierre, évêque de Rome

Rappel de la Chaire de saint Pierre, Apôtre, à qui le Seigneur a dit: « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

 » Au jour où les Romains avaient coutume de faire mémoire de leurs défunts, l’Église célèbre la naissance du siège de cet Apôtre, qui est glorifié par son monument au Vatican et qui est appelé à présider à la charité dans l’ensemble des Églises. (Martyrologe romain)

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La chaire de saint Pierre, dans son reliquaire construit par le Bernin en la basilique Saint-Pierre de Rome
La chaire de saint Pierre, dans son reliquaire construit par le Bernin en la basilique Saint-Pierre de Rome

La fête de la Chaire de Saint Pierre est très ancienne. Elle est marquée en ce jour du 22 février dans le calendrier qui fut dressé sous le pape Libère en 354.

Dans la primitive Église, les chrétiens, et surtout ceux d’Orient, célébraient l’anniversaire de leur baptême ; ils renouvelaient en ce jour les vœux qu’ils avaient faits à Dieu et le remerciaient de ce que, par un effet de sa miséricorde, il les avait reçus au nombre de ses enfants : c’est ce qu’ils appelaient le jour de leur naissance spirituelle.

Les évêques, conformément à cette pratique, célébraient aussi l’anniversaire de leur ordination. Le peuple continua souvent, après la mort des évêques, de fêter le jour de leur ordination. Telle fut l’origine de la fête de la Chaire de saint Pierre.

« Nous devons la célébrer, disait saint Léon, avec autant de joie que nous ferions pour celle du martyre du prince des apôtres (le 29 juin) ; par là, nous nous rappelons tout à la fois, et son entrée glorieuse dans le ciel, et son élévation à la dignité de premier pasteur de l’église militante. »

Notre devoir en ce jour est de remercier Dieu de l’établissement de son Église, et de lui en demander l’exaltation par des prières ferventes. L’Église est ce royaume spirituel que Jésus-Christ est venu fonder sur la terre, et qu’il ne cesse de gouverner du haut des cieux en la personne de ceux qu’il en a établis les chefs visibles.

Or, si nous aimons véritablement Jésus-Christ, si nous désirons qu’il soit de plus en plus glorifié, si nous nous intéressons vivement au salut de nos frères, pourrons-nous  ne pas demander leur conversion avec toute l’ardeur dont nous sommes capables ?

Mais notre piété doit encore aller plus loin. Combien dans l’Église de membres morts, qui, destitués de la divine charité, ne tiennent plus au corps mystique de Jésus-Christ que par les liens d’une foi stérile, et qui ne servira de rien sans les œuvres ?

Prions le Seigneur Jésus de les ressusciter à la grâce, et d’établir invariablement dans tous les cœurs le règne de son saint amour. Supplions-le de faire par sa miséricorde, que le péché ne nous sépare jamais de lui, et que nous nous fortifiions de plus en plus dans cette charité qui donne la vie à toutes les autres vertus.

Adapté d’un texte anglais d’Alban Butler (1711-1773)

Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

MESSAGE DU PAPE LÉON XIV POUR LE CARÊME 2026

MESSAGE DU PAPE LÉON XIV
POUR LE CARÊME 2026

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Écouter et jeûner.
Le Carême comme temps de conversion

 

Chers frères et sœurs !

Le Carême est le temps où l’Église, avec une sollicitude maternelle, nous invite à remettre le mystère de Dieu au centre de notre vie, afin que notre foi retrouve son élan et que notre cœur ne se disperse pas entre les inquiétudes et les distractions quotidiennes.

Tout cheminement de conversion commence lorsque nous nous laissons rejoindre par la Parole et que nous l’accueillons avec docilité d’esprit. Il existe donc un lien entre le don de la Parole de Dieu, l’espace d’hospitalité que nous lui offrons et la transformation qu’elle opère.

C’est pourquoi le cheminement du Carême devient une occasion propice pour prêter l’oreille à la voix du Seigneur et renouveler la décision de suivre le Christ, en parcourant avec Lui le chemin qui monte à Jérusalem où s’accomplit le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.

Écouter

Cette année, je voudrais attirer l’attention, en premier lieu, sur l’importance de laisser place à la Parole à travers l’écoute, car la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre.

Dieu Lui-même, se révélant à Moïse depuis le buisson ardent, montre que l’écoute est un trait distinctif de son être : « J’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris » (Ex 3, 7). L’écoute du cri de l’opprimé est le début d’une histoire de libération dans laquelle le Seigneur implique également Moïse, en l’envoyant ouvrir une voie de salut à ses enfants réduits en esclavage.

Un Dieu engageant nous rejoint aujourd’hui aussi avec des pensées qui font vibrer son cœur. Pour cela, l’écoute de la Parole dans la liturgie nous éduque à une écoute plus authentique de la réalité : parmi les nombreuses voix qui traversent notre vie personnelle et sociale, les Saintes Écritures nous rendent capables de reconnaître celle qui s’élève de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse.

Entrer dans cette disposition intérieure de réceptivité c’est se laisser instruire aujourd’hui par Dieu à écouter comme Lui, jusqu’à reconnaître que « la condition des pauvres est un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église ». [1]

Jeûner

Si le Carême est un temps d’écoute, le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu. L’abstinence de nourriture est, en effet, un exercice ascétique très ancien et irremplaçable dans le chemin de conversion.

Précisément parce qu’il implique le corps, il rend plus évident ce dont nous avons “faim” et ce que nous considérons comme essentiel à notre subsistance. Il sert donc à discerner et à ordonner les “appétits”, à maintenir vigilant la faim et la soif de justice en les soustrayant à la résignation, en les éduquant pour qu’ils deviennent prière et responsabilité envers le prochain.

Saint Augustin, avec finesse spirituelle, laisse entrevoir la tension entre le temps présent et l’accomplissement futur qui traverse cette garde du cœur, lorsqu’il observe que : « Au cours de la vie terrestre, il appartient aux hommes d’avoir faim et soif de justice, mais en être rassasiés appartient à l’autre vie. Les anges se rassasient de ce pain, de cette nourriture.

Les hommes, en revanche, en ont faim, ils sont tous tendus vers le désir de celui-ci. Cette tension dans le désir dilate l’âme, augmente sa capacité ». [2] Le jeûne, compris dans ce sens, nous permet non seulement de discipliner le désir, de le purifier et de le rendre plus libre, mais aussi de l’élargir de manière à ce qu’il se tourne vers Dieu et s’oriente à accomplir le bien.

Cependant, pour que le jeûne conserve sa vérité évangélique et échappe à la tentation d’enorgueillir le cœur, il doit toujours être vécu dans la foi et l’humilité. Cela exige de rester enraciné dans la communion avec le Seigneur parce que « personne ne jeûne vraiment s’il ne sait pas se nourrir de la Parole de Dieu ». [3]

En tant que signe visible de notre engagement intérieur à nous soustraire, avec le soutien de la grâce, au péché et au mal, le jeûne doit également inclure d’autres formes de privation visant à nous faire acquérir un mode de vie plus sobre, car « c’est l’austérité seule qui rend authentique et forte notre vie chrétienne ». [4]

Je voudrais donc vous inviter à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain. Commençons par désarmer le langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à médire de qui est absent et ne peut se défendre, aux calomnies.

Efforçons-nous plutôt d’apprendre à mesurer nos paroles et à cultiver la gentillesse : au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes. Alors, nombre de paroles de haine laisseront place à des paroles d’espoir et de paix.

Ensemble

Enfin, le Carême met en évidence la dimension communautaire de l’écoute de la Parole et de la pratique du jeûne. L’Écriture souligne également cet aspect de nombreuses façons. Par exemple, lorsqu’elle raconte, dans le livre de Néhémie, que le peuple se rassembla pour écouter la lecture publique du livre de la Loi et, pratiquant le jeûne, se disposa à la confession de foi et à l’adoration afin de renouveler l’alliance avec Dieu (cf. Ne 9, 1-3).

De même, nos paroisses, les familles, les groupes ecclésiaux et les communautés religieuses sont appelés à accomplir pendant le Carême un cheminement commun dans lequel l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme celle du cri des pauvres et de la terre, devienne une forme de vie commune et dans lequel le jeûne soutienne une authentique repentance.

Dans cette perspective, la conversion concerne, outre la conscience de chacun, le style des relations, la qualité du dialogue, la capacité à se laisser interroger par la réalité et à reconnaître ce qui oriente véritablement le désir, tant dans nos communautés ecclésiales que dans l’humanité assoiffée de justice et de réconciliation.

Biens aimés, demandons la grâce d’un Carême qui rende notre oreille plus attentive à Dieu et aux plus démunis. Demandons la force d’un jeûne qui passe aussi par la langue, afin que diminuent les paroles qui blessent et que grandisse l’espace pour la voix de l’autre.

Et faisons en sorte que nos communautés deviennent des lieux où le cri de ceux qui souffrent soit accueilli et où l’écoute engendre des chemins de libération, nous rendant plus prompts et plus diligents à contribuer à l’édification de la civilisation de l’amour.

Je vous bénis de tout cœur ainsi que votre cheminement de Carême.

Du Vatican, le 5 février 2026, mémoire de sainte Agathe, vierge et martyre.

LÉON XIV

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[1] Exhortation apostolique Dilexi te (4 octobre 2025), 9.

[2] Saint Augustin, L’utilité du jeûne, 1, 1.

[3] Benoît XVI, Catéchèse (9 mars 2011).

[4] Saint Paul VI, Catéchèse (8 février 1978).

Texte proposé par l’Association de la Médaille Miraculeuse

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