La «renaissance», le fil conducteur du voyage apostolique en France

La «renaissance», le fil conducteur du voyage apostolique en France

Comme de tradition après un voyage apostolique, Léon XIV a consacré la catéchèse de ce mercredi 30 septembre à sa visite en France et au siège de l’UNESCO qui s’est achevée lundi dernier. Venu dans le pays tricolore ‘‘bleu, blanc, rouge’’, comme apôtre du Christ «pour que le monde ait la vie», le Souverain pontife a rendu grâce à Dieu pour l’enthousiasme rencontré. Aussi, il a souhaité que ce voyage, «événement de grâce, porte des fruits abondants et durables».

LÉON XIV

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 30 septembre 2026

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Catéchèse. Le voyage apostolique en France et à l’UNESCO

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Logo Pape France
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Aujourd’hui, je souhaite vous parler du voyage apostolique en France que j’ai effectué ces derniers jours. Ce fut un grand don pour moi et pour le peuple de Dieu dans ce pays, et j’en rends grâce au Seigneur. J’exprime à nouveau ma gratitude à tous ceux qui m’ont accueilli, aux autorités civiles et aux pasteurs de l’Église, ainsi qu’à tous ceux – et ils étaient très nombreux – qui ont souhaité rencontrer le Pape ou simplement le saluer dans les rues, en tant qu’apôtre du Christ et messager de paix. Merci à tous !

Je voudrais rassembler les réflexions et les impressions – encore très vives – de cette visite pastorale autour d’un seul et même grand symbole : la cathédrale Notre-Dame de Paris. C’est là, l’après-midi du premier jour, que nous avons célébré les vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie, une liturgie solennelle et en même temps festive, où la musique, le chant et la beauté du temple faisaient vibrer les cœurs unis dans la prière.

Précisément Notre-Dame, avec le drame qu’elle a vécu, peut symboliquement éclairer tout ce voyage apostolique, en offrant une clé de lecture que je résumerais en un mot : renaissance. La cathédrale de Paris, qui semblait encore il y a sept ans à peine mortellement blessée par un immense incendie, est aujourd’hui reconstruite et plus resplendissante que jamais. Cette catastrophe a suscité une réaction positive à tous les niveaux, certains plus visibles et concrets, d’autres plus cachés, d’ordre spirituel.

Sa restauration a été la preuve qu’une collaboration est possible entre l’Église, l’État, les institutions publiques et la société civile. Cette approche a permis de mettre pleinement en valeur tant la générosité des bienfaiteurs que les compétences des professionnels et des artisans. La synergie au service du bien commun devrait être la norme pour les institutions, les forces politiques et sociales, ainsi que pour tous ceux qui assument des responsabilités civiles et économiques.

C’est le message que j’ai voulu transmettre aux autorités françaises, ainsi qu’aux membres de l’UNESCO, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, dont le siège est à Paris, en indiquant quel est le critère fondamental sur lequel fonder cette collaboration : la dignité de la personne humaine. Mais surtout, Notre-Dame est l’image de l’Église faite de pierres vivantes, du peuple saint de Dieu.

Il est intéressant de mettre en parallèle la célébration des vêpres dans la cathédrale et la veillée des jeunes qui s’est déroulée le soir même au grand Stade de France à Paris. Deux lieux complètement différents, et pourtant deux événements complémentaires, presque unis spirituellement. Qu’est-ce qui les unissait ? L’Église, qui n’est pas faite de pierres ou de béton, mais de personnes qui aiment Jésus-Christ parce qu’elles ont été aimées par Lui.

À Notre-Dame, il y avait les prêtres et les diacres, les personnes consacrées, les animateurs pastoraux ; au stade, il y avait la nouvelle génération française : nouvelle – dirais-je – non seulement par son âge, mais plus encore par son esprit, par la liberté de son cœur et de sa foi. Des jeunes qui ont chanté, crié, mais qui sont aussi restés silencieux, à l’écoute. Des visages attentifs et émus, qui témoignaient de cœurs avides de vérité et d’amour. Je leur ai dit avec joie : « Vous êtes les saints de France ! ». Cette veillée a été un grand signe d’espérance.

Tout comme l’a été – dans la petitesse que Dieu affectionne – la rencontre à la Maison Bakhita, foyer d’accueil pour diverses personnes en difficulté : l’un des nombreux lieux, fruits de l’Évangile, où l’on s’engage quotidiennement à servir avec amour la dignité de la personne humaine.

Il y a cependant dans l’Église de France un signe de renaissance qui perdure depuis quelques années, à savoir le nombre remarquable et croissant de jeunes et d’adultes qui demandent le baptême. À propos de cette belle “surprise” de Dieu, une Assemblée synodale provinciale se tient actuellement à Paris, au cours de laquelle j’ai pu intervenir pour encourager le cheminement des catéchumènes et des néophytes, ainsi que celui des communautés auxquelles ils appartiennent.

Le moment fort de ma visite dans la capitale a été la messe sur la Place de la Concorde. Là, le signe de la renaissance s’est manifesté de manière surprenante : l’assemblée liturgique, qui rassemblait sur cette vaste place les prêtres, le chœur et une foule considérable, s’étendait sur toute l’Avenue des Champs Élysées jusqu’à l’Arc de Triomphe et au-delà. Au moment de la communion, tous ont pu s’approcher de l’Eucharistie, distribuée partout. Voilà la véritable reconstruction, la restauration de l’Église que seul Dieu peut accomplir, par l’intercession de la Vierge Marie.

Il était donc naturel et nécessaire qu’après Paris, je me rende en pèlerinage à Lourdes, pour vénérer la Mère de l’Église, Marie, celle qui, à l’heure de la passion et de la mort, maintient allumée la lampe de la foi et de l’espérance. À Lourdes, le Seigneur, par la sollicitude maternelle de la Vierge Marie, adresse à tous, pèlerins et surtout malades dans leur corps et dans leur esprit, un message d’espérance et de renaissance.

Un message que j’ai voulu relancer ouvertement : toute vie humaine, quelle que soit sa condition, même dans la plus grande fragilité, conserve sa dignité inviolable et mérite d’être soignée, accompagnée, soulagée de ses souffrances avec une compassion humaine et à l’aide des moyens offerts par la science. C’est pourquoi Lourdes représente pour le monde entier un sanctuaire de la civilisation de l’amour.

Dans ce contexte, j’ai rencontré certaines personnes victimes d’abus et je leur ai demandé de m’aider à exprimer, également à d’autres victimes, ma volonté et celle de toute l’Église de les écouter et de les accompagner dans leur cheminement vers la guérison, en reconnaissant la souffrance causée dans leur vie et en œuvrant à la prévention des abus.

La troisième et dernière étape de ce voyage apostolique a été la ville de Metz, située dans une région de France et d’Europe meurtrie par la Seconde Guerre mondiale. C’est là qu’a œuvré Robert Schuman, l’un des principaux inspirateurs du processus de l’unification européenne. L’Europe contemporaine est née précisément comme un projet de paix après les ravages de la guerre. On peut dire que ce qui s’est passé à Notre-Dame de Paris avec l’incendie s’était produit en Europe avec la Seconde Guerre mondiale.

Et l’Europe est née de nouveau, sur la base de ces principes de démocratie, de solidarité et de fraternité entre les peuples qui doivent beaucoup à ses racines chrétiennes. Aujourd’hui encore, c’est sur ces fondements et grâce à cette « sève » vitale que le projet européen peut se renouveler, dans un monde bien plus globalisé, où le dialogue interreligieux revêt un rôle de première importance. C’est pourquoi, à Metz, j’ai rencontré les représentants des différentes traditions religieuses, qui ont lu et signé en ma présence l’“Appel de Metz” pour le dialogue et la paix.

Très chers amis, le thème de ma visite pastorale en France était “Pour que le monde ait la vie” (cf. Jn 6, 51). Ce sont là les paroles de Jésus, qui résument toute sa mission de salut et qui, tout au long de ce voyage, exprimaient pleinement le sens évangélique de chaque rencontre. Qu’elles inspirent désormais notre prière, en demandant à Dieu que cet événement de grâce porte des fruits abondants et durables.

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Je salue cordialement les pèlerins de langue française venus du Canada, de France, et du Luxembourg. J’ai été émerveillé par la ferveur et l’enthousiasme de l’accueil reçu en France. Je rends grâce à Dieu et prie afin que les pasteurs continuent à répondre aux attentes des fidèles, en particulier à celles des jeunes.

Je vous bénis de tout cœur !

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APPEL

Je lance maintenant un appel en faveur de la région du Tigré, en Éthiopie : Je suis avec une profonde inquiétude la situation au Tigré et dans les régions voisines de l’Afar et de l’Amhara, où les hostilités ont de nouveau éclaté. J’adresse un appel sincère à toutes les parties pour qu’elles choisissent la voie du dialogue.

Les conflits armés ne résolvent jamais les problèmes, mais ne font que les aggraver, laissant dans leur sillage une traînée de mort, de destruction et de ressentiment. Seul un engagement sincère peut jeter les bases d’une paix durable. J’espère ardemment que la communauté internationale apportera sa contribution généreuse et opportune afin de garantir que toute l’aide humanitaire soit acheminée à ceux qui en ont besoin.

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Résumé de la catéchèse du Saint-Père

Chers frères et sœurs, bonjour !

Au retour du Voyage apostolique effectué en France où je suis venu comme apôtre du Christ « pour que le monde ait la vie », je rends grâce à Dieu pour l’enthousiasme rencontré. Que ce soit dans la splendeur retrouvée de Notre Dame de Paris pour la célébration solennelle des vêpres, lors de la veillée inoubliable au Stade de France avec les jeunes – les nouveaux saints de France ! – le long des rues ou devant l’immense foule à la Concorde et aux Champs Elysées, la joie et la ferveur du peuple de Dieu – avec ses nombreux catéchumènes –, se sont largement manifestées. Cette foule capable de silence et de recueillement, propres aux cœurs désireux de vérité et d’amour, représente un grand signe de renaissance et d’espérance.

La dignité humaine comme critère fondamental de toute collaboration au service du bien commun, déjà rappelée devant les Autorités françaises comme devant les membres de l’UNESCO, a été également au cœur des rencontres avec les plus vulnérables à Paris et à Lourdes, lieu béni où la Vierge Marie offre, de la part de son Fils à tous les pèlerins qui souffrent dans leur corps et dans leur âme, un message d’espérance. J’y ai rappelé avec force que toute vie humaine, y compris dans les situations de plus grande fragilité, conserve son inviolable dignité et mérite d’être soignée, accompagnée et soulagée.

Enfin Metz, lieu symbolique dans la construction de la paix en Europe avec le vénérable Robert Schuman au lendemain de la 2e guerre mondiale, a été l’occasion de rappeler les racines chrétiennes de l’Europe et son attention aux principes de dialogue et de paix entre les nations et entre les diverses traditions religieuses.

Texte proposé par l’Association de la Médaille Miraculeuse

la Vierge Marie selon Saint Jérôme

la Vierge Marie selon Saint Jérôme

Aujourd’hui l’Église fait mémoire de saint Jérôme né vers 347 à Stridon (actuelle Croatie) et mort le 30 septembre 420 à Bethléem, il y a 1600 ans. Moine, traducteur de la Bible, docteur de l’Église, c’est l’un des quatre pères de l’Église latine, avec Ambroise de Milan, Augustin d’Hippone et Grégoire le Grand.

Voici en condensé ce qu’en a dit le Pape François dans sa Lettre Apostolique du 30 septembre 2020 :

SCRIPTURAE SACRAE AFFECTUS – une affection pour la Sainte Écriture

Saint Jérôme dans son étude - Jan van Eyck et atelier 1442
Saint Jérôme dans son étude – Jan van Eyck et atelier 1442

Le 30 septembre de l’année 420, Jérôme achevait son parcours terrestre à Bethléem, dans la Communauté qu’il avait fondée près de la grotte de la Nativité. Il se confiait ainsi à ce Seigneur qu’il avait toujours cherché et connu dans l’Écriture, le même qu’il avait déjà rencontré, souffrant de fièvre, comme Juge, dans une vision, peut être pendant le Carême 375.

Lors de cet évènement qui marque un tournant décisif dans sa vie, un moment de conversion et de changement de perspectives, il se sent traîné en présence du Juge : « Interrogé à propos de ma condition, j’ai répondu que j’étais chrétien. Mais celui qui siégeait ajouta “Tu mens ! tu es cicéronien, non pas chrétien”».

En effet, Jérôme avait aimé dès son plus jeune âge la limpide beauté des textes classiques latins, en comparaison desquels les écrits de la Bible lui paraissaient, initialement, bruts et incorrects, trop rudes pour son goût littéraire raffiné.

Cet épisode de sa vie favorise sa décision de se dédier entièrement au Christ et à sa Parole, en consacrant son existence à rendre toujours plus accessibles aux autres les lettres divines, par son infatigable travail de traducteur et de commentateur. Cet évènement imprime à sa vie une nouvelle et plus décisive orientation : devenir serviteur de la Parole de Dieu, comme amoureux de la « chair de l’Écriture ».

Ainsi, dans la recherche continue qui caractérise sa vie, il met en valeur ses études de jeunesse et la formation reçue à Rome, en réorganisant son savoir au service plus mature de Dieu et de la communauté ecclésiale.

C’est pourquoi saint Jérôme entre de plein droit parmi les grandes figures de l’Église antique, dans la période qui est définie comme le siècle d’or de la Patristique, un véritable pont entre Orient et Occident : il est un ami de jeunesse de Rufin d’Aquilée, il rencontre Ambroise et entretient une abondante correspondance avec Augustin.

En Orient, il connaît Grégoire de Nazianze, Didyme l’Aveugle, Épiphane de Salamine. La tradition iconographique chrétienne le consacre en le représentant avec Augustin, Ambroise et Grégoire le Grand, parmi les quatre grands docteurs de l’Église d’Occident.

De ses écrits, partant de Jésus, voici une méditation de Jérôme sur la Vierge Marie

Vierge du MagnificatLa venue de Jésus-Christ dans le monde a été pour nous, enfants de la gentilité (des nations), une cause de joie et d’espérance. Elle nous a fait participer aux privilèges de la nation sainte; les prophéties et les anciennes promesses ont été, pour la plupart, accomplies en notre faveur.

Nous tenons dans nos mains les divines Écritures, source de lumière et de consolation; nous vivons au sein de la véritable Église, notre nouvelle terre promise où coulent les ruisseaux de lait et de miel; enfin avec les Juifs qui attendaient le Messie avec foi et amour, et avec ceux d’entre eux qui se convertissent à Jésus-Christ, nous pouvons invoquer Dieu comme notre Père, compter sur l’accomplissement de ses promesses, avoir part à son héritage, recueillir tous les effets de la Rédemption.

Remercions Dieu d’une telle miséricorde. Profitons des trésors spirituels mis à notre disposition avec tant de libéralité. Vivant sous le même Chef, qui est Jésus-Christ, n’ayons qu’un même cœur pour l’aimer, une même bouche pour le bénir. Approchons-nous de ce rejeton de Jessé qui a montré à la terre un si doux épanouissement.

Allons contempler la beauté de sa doctrine, respirer le parfum de ses exemples, goûter les fruits de sa grâce. Allons à lui avec confiance; il s’est élevé, non point selon l’expression du prophète, comme une verge de fer pour frapper et détruire, et mais comme une tige féconde et fleurie pour enrichir la terre embaumer nos âmes.

Enfin la tête du serpent est écrasée, une nouvelle Ève répare les fautes de l’ancienne. Admirez ici les secrets de la divine miséricorde. Une femme avait commencé l’ouvrage de notre perte: une vierge commence l’œuvre de notre rédemption.

Un ange de ténèbres était intervenu dans notre chute: un Ange de lumière intervient dans notre salut. Satan avait voulu élever Ève à une fausse grandeur en lui faisant affecter la divinité: Vous serez comme des dieux; Gabriel établit Marie dans la véritable grandeur par une sainte société avec Dieu: Le Seigneur est avec vous.

Ève avait cru au serpent: Marie croit à l’Ange; une foi pieuse, dit Tertullien, efface la faute d’une crédulité téméraire. Ève, séduite par le démon, avait fuit devant la face de Dieu: Marie, instruite par l’Archange, se rend digne de porter Dieu. Ève, par sa désobéissance, nous avait présenté le fruit de mort: Marie, humble et soumise, conçoit dans ses chastes flancs Jésus, le fruit de vie.

O Mère des vivants! Nous crions vers vous; misérables bannis, enfants d’Eve, nous gémissons dans cette vallée de larmes; offrez nos soupirs à votre cher Fils, et montrez-nous un jour ce fruit béni de vos entrailles que nous avons reçu de vous. Ainsi soit-il.

Ce qu’est la bienheureuse Marie toujours Vierge et combien elle est grande, l’Ange le déclare divinement lorsqu’il lui dit: « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. »

Il convenait en effet que la Vierge reçut de tels dons, qu’elle fût pleine de grâces, elle qui a donné aux cieux la gloire, à la terre le Seigneur, au monde la paix, aux nations la foi; elle qui a mis fin aux vices, elle qui a restitué l’ordre de la vie et la pureté des mœurs.

C’est à juste titre qu’elle est dite toute remplie puisque la plénitude de grâce qui n’est accordé qu’aux autres que par degrés, est répandue en une seule fois tout entière en Marie.

Elle en est vraiment remplie; quoique nous croyions que les saints pères et les prophètes ont eu la grâce, ils ne l’ont pas eu cependant entière à ce point; au contraire en Marie toute la plénitude de grâce qui existe dans le Christ est venue, quoique d’une façon différente.

Et c’est pourquoi il lui dit: Vous êtes bénie entre toutes les femmes; cela veut dire: plus bénie que toutes les femmes. Ainsi toute malédiction qui fut apportée par Eve, la bénédiction de Marie l’a complètement enlevée.

LETTRE APOSTOLIQUE SCRIPTURAE SACRAE AFFECTUS DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS À L’OCCASION DU XVIÈME CENTENAIRE DE LA MORT DE SAINT JÉRÔME

Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Pour une Europe de la paix, gardienne de la dignité humaine et Metz, «phare d’espérance» pour l’Europe

Le Pape plaide pour une Europe de la paix, gardienne de la dignité humaine, invitant Metz à être un «phare d’espérance» pour l’Europe

Il a appelé le continent à redécouvrir ses valeurs fondatrices et à ne pas céder à l’illusion du réarmement, tout en enjoignant les jeunes Européens à s’engager pour la paix dans leur pays. Point d’orgue de son voyage apostolique en France, Léon XIV a célébré une messe pour la paix et la justice en Lorraine ce lundi 28 septembre.

Dans la cathédrale Saint-Étienne de Metz, l’un des joyaux de l’art gothique français, le Saint-Père a lancé un appel au pardon, à la réconciliation et à la préservation des valeurs fondatrices de l’Europe. Metz est appelée «aujourd’hui plus que jamais à être un phare d’espérance pour ce pays, pour l’Europe et pour le monde».

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MESSE

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

Cathédrale Saint-Étienne (Metz)
Lundi 28 septembre 2026

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Chers frères et sœurs,

je suis très heureux de présider cette Eucharistie, au cours de laquelle nous confions au Seigneur le cheminement de la communauté diocésaine de Metz comme celui de toute l’Europe. Sur cette terre historique de la Moselle – qui n’a cessé d’être un carrefour de peuples et qui fut une frontière douloureuse en Europe –, la promesse de Dieu résonne aujourd’hui avec une force singulière.

Dans la première lecture (cf. Is 32, 15-18), le prophète Isaïe parle de l’avènement du Royaume de Dieu en termes de droit, de justice et de paix. Il utilise trois images : le désert, le jardin et la maison.

Dans le désert, lieu de l’essentiel et du silence, le droit s’installe, c’est-à-dire la loi qui aide l’homme à marcher sur la voie du bien. Cette image austère nous rappelle l’importance de l’essentiel et de la simplicité, qui nous permettent d’accorder la juste valeur aux choses, tout en nous formant au renoncement et au sacrifice.

La deuxième image est celle du jardin où règne la justice. Si le désert est le lieu de l’essentiel, le jardin est le lieu de la beauté. De l’eau s’y trouve, les graines s’ouvrent, les pousses apparaissent et les fleurs s’épanouissent, chacune avec sa beauté particulière. Tel est l’effet d’une vie juste qui permet à la personne de s’épanouir pleinement en adhérant librement aux desseins du Seigneur.

La troisième image est celle de la maison, lieu de paix. Notons que si le désert et le jardin sont des contextes où prévaut l’action de Dieu qui fait germer et grandir, la construction d’une maison exige en revanche une contribution plus directe et plus importante de l’homme, avec la mise en œuvre de forces et de compétences, à travers un effort commun ; un véritable “travail de chantier”.

Ainsi, la paix qui est un don de Dieu exige une réponse des hommes, dans un effort partagé. Par ailleurs, plus qu’une simple construction de pierres, la maison est un lieu de présence humaine et d’amour. En ce sens, la Parole prophétique nous rappelle que, dans un monde marqué par la limite, la concorde ne se construit que dans la charité qui sait partager les joies et les peines, qui sait encourager et pardonner, sans calcul ni limite, comme dans une famille.

L’Évangile que nous venons d’entendre nous en parle également (cf. Mt 5, 38-48). Alors que nous assistons aujourd’hui, dans le monde, à beaucoup de violences, de manipulations et d’arrogance – à différents niveaux ­– Jésus nous enseigne la manière de transformer le désert en oasis, de planter des jardins et de construire des maisons.

Il nous montre le chemin qui passe par le pardon, la miséricorde et la magnanimité : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt 5, 39-41).

Pour certains, ces paroles seraient de la faiblesse, ou bien une capitulation devant le mal ; mais il n’en est rien. Regardons au fond et autour de nous : que produisent, dans le monde et en nous-mêmes, des attitudes telles que la vengeance, la revanche et le rejet ? Et quel avenir pour l’humanité laissent entrevoir les relations et les systèmes imprégnés des logiques impitoyables qui découlent de ces attitudes ?

Vous qui êtes les enfants de cette terre déchirée dans le passé par des conflits fratricides, vous savez bien qu’il n’est pas vrai que celui qui se venge est plus fort que celui qui pardonne. Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas est plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte est plus fort que celui qui affronte l’effort de marcher ensemble.

Metz et la Moselle témoignent au monde entier que la réconciliation n’est possible que lorsque l’on a le courage de briser la chaîne du ressentiment. Il faut de la force et beaucoup d’équilibre pour ne pas se laisser submerger par le mal, surtout lorsque les blessures subies sont profondes.

Mais face à l’injustice, l’unique voie de salut pour l’homme est l’amour qui prend l’autre en charge et qui cherche à faire confiance, quelles que soient les circonstances, et même dans les attitudes les plus difficiles à accepter (cf. Mt 5, 42).

Ainsi, la loi, la justice et la paix sont-elles les étapes d’un chemin de conversion qui, de personnelle, devient de plus en plus communautaire, pour une civilisation respectueuse de l’homme et de son Créateur.

Ce n’est pas un hasard si saint Augustin définit la paix de la Cité céleste comme une communion harmonieuse dans laquelle les hommes jouissent de Dieu et, en Lui, les uns des autres (cf. saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 13.1). Il parle également de la paix entre les hommes comme du fruit d’une tranquillitas ordinis dans laquelle chacun reconnaît et respecte chez l’autre une dignité et un rôle uniques et sacrés.

Ici, à Metz, il est bon de rappeler que ce sont là les valeurs sur lesquelles s’est construite, au fil des siècles, l’Europe que nous connaissons, avec son patrimoine spirituel et moral, avant même son patrimoine économique et politique.

Comme saint Jean-Paul II aimait à le rappeler avec émotion (cf. Acte européen à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982), elle plonge ses racines dans la vie et l’œuvre d’hommes et de femmes qui ont vécu, prêché et partagé les enseignements de l’Évangile.

En témoignent la grande contribution spirituelle, culturelle, voire agricole et artisanale que le monachisme a apportée à l’histoire du continent, ainsi que l’œuvre de saints tels que le grand Chrodegang, pasteur infatigable de cette communauté, qui, ici même, avec la Règle des chanoines, a donné une forme visible à la communion ecclésiale.

Les principes moraux du monde dans lequel nous vivons nous ont été transmis à partir de là : des principes tels que la primauté de la personne et le caractère sacré et inviolable de la vie humaine, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions ; la protection de la liberté des individus ; l’importance première de la famille en tant que fondement de la société ; l’attention portée aux pauvres et aux plus démunis ; l’accueil de l’étranger, le respect des personnes âgées.

Votre Église locale qui, en vertu de son statut particulier, conserve l’héritage singulier d’un dialogue fécond entre société civile et foi, a la responsabilité d’être un laboratoire vivant de cette fidélité. Rester fidèles à ces piliers n’a pas été facile, même pour ceux qui nous ont précédés.

Et pourtant, avec fidélité et persévérance, nos ancêtres nous les ont légués comme des trésors à transmettre à notre tour aux générations futures, enrichis de notre expérience, de la valeur de nos efforts et de nos histoires.

La magnifique cathédrale de cette ville où nous nous trouvons illustre très bien tout cela : elle est appelée la “Lanterne du Bon Dieu” en raison de ses 6.500 [six mille cinq cents] mètres carrés de vitraux historiés. Il semble que les bâtisseurs aient voulu réduire au minimum les murs – qui restent solides – afin que la lumière puisse parvenir en abondance aux fidèles.

Celui qui y rentre se trouve ainsi plongé dans une très riche biblia pauperum, source de prière et de méditation, à travers les reflets aux mille couleurs. Dans ce lieu de lumière, la splendeur des vitraux historiques s’est récemment enrichie du génie de Marc Chagall.

Les œuvres de ce grand peintre juif, enchâssées dans les murs de la cathédrale, transforment “la Lanterne du Bon Dieu” en un symbole œcuménique et de dialogue interreligieux extraordinaire.

Cette cathédrale nous dit que la lumière de Dieu n’efface pas les spécificités, mais unit des histoires et des cultures différentes en une seule et merveilleuse mosaïque de paix, nécessaire à notre époque meurtrie par de nouvelles divisions et de nouveaux conflits.

En contemplant ces vitraux, nous apprenons que l’avenir de l’Europe ne réside pas dans l’uniformisation, mais dans l’harmonie des différences où la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière.

Il y a là un symbole de notre identité d’Église. Nous aussi nous utilisons des structures qui n’ont de sens que dans la mesure où elles nous aident à apporter au monde la lumière de l’Évangile. Sans ces vitraux, les fenêtres de la cathédrale Saint-Étienne ne seraient que des espaces inondés de lumière aveuglante.

Avec ces vitraux, elles deviennent des livres qui nous rassemblent pour faire mémoire d’histoires merveilleuses, pleines d’héroïsme, de bien, de miséricorde, d’amour et de beauté morale, dont nous devons à notre tour être des témoins généreux et courageux.

Tel est le vœu que je partage avec vous, avec gratitude et confiance, à l’issue de mon voyage en France, pour votre communauté de Metz, appelée aujourd’hui plus que jamais à être un phare d’espérance pour ce pays, pour l’Europe et pour le monde, en la confiant aux prières de la Vierge Marie et de vos saints patrons.

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Remerciement final

Chers frères et sœurs,

cette Messe est la dernière rencontre publique de ma visite en France ; c’est pourquoi je l’ai célébrée avec un vif sentiment de gratitude envers le Seigneur. Je tiens également à exprimer ma reconnaissance à tous ceux qui, par leur engagement, l’ont rendue possible.

Je remercie Monsieur le Président de la République ainsi que les différentes autorités civiles qui ont assuré l’accueil à Paris, à Lourdes et ici à Metz. Je renouvelle avec affection mes remerciements à la Présidence de la Conférence épiscopale et aux évêques les plus impliqués, ainsi qu’aux prêtres, aux diacres, aux personnes consacrées, aux fidèles laïcs et à tous les bénévoles qui ont collaboré. Merci à tous !

Chers amis, continuons à marcher ensemble, unis dans la sainte Mère l’Église, pour la gloire de Dieu et au service de son Royaume d’amour, de justice et de paix. Merci beaucoup!

Texte proposé par l’Association de la Médaille Miiaculeuse

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