La troisième journée de Léon XIV en Afrique
Parti d’Alger mercredi matin, le Souverain pontife a été chaleureusement accueilli à Yaoundé par le chef de l’État, mais aussi par une population enthousiaste. Revivez les temps forts de ce premier après-midi camerounais du Pape Léon XIV.

Arrivé au Cameroun en milieu d’après-midi mercredi 15 avril, Léon XIV poursuit son périple en Afrique. Accueilli par le président de la République, Paul Byia, avec lequel il s’est entretenu en privé, le Pape s’est adressé aux autorités civiles et au corps diplomatique, exhortant à «briser les chaines de la corruption», et rappelant qu’exercer le pouvoir, c’est avant tout se mettre au service des autres.
Le Successeur de Pierre s’est aussi rendu dans un orphelinat, dirigé par les Filles de Marie de Yaoundé, pour s’adresser aux jeunes parmi les plus vulnérables et leur confier que Dieu les appelait à un avenir plus grand que leurs blessures.
Léon XIV, «communion et renouveau pour toute une nation»
La venue du Pape Léon XIV s’inscrit dans la lignée de la double visite du saint Pape Jean-Paul II (en 1985 et 1995) et de celle du Pape Benoît XVI en 2009.
Elle est d’abord «une rencontre fraternelle entre le Successeur de Pierre et le peuple de Dieu: fidèles, évêques, prêtres, religieux, membres d’autres confessions ainsi que toutes personnes de bonne volonté». C’est donc, avant tout, précise-t-il, «un moment pastoral, un moment de communion ecclésiale et nationale, un moment d’effervescence et donc de renouvellement qui peut avoir des répercussions au-delà de la communauté catholique pour donner une dynamique nouvelle à un pays tout entier».
Il s’agit ensuite d’une opportunité pour l’évêque de Rome «de parler aux églises et peuples du Cameroun et de l’Afrique de cet amour de Dieu qui fait vivre et de l’espérance chrétienne face aux défis majeurs auxquels font face nos peuples, assoiffés de paix, de justice et de réconciliation».
Enfin, le choix du Cameroun, notamment de sa région septentrionale, revêt une dimension symbolique, liée à son rôle historique dans l’Église en Afrique et à sa tradition d’hospitalité, mentionne le jésuite camerounais, qui évoque une attente vis-à-vis des autorités politiques notamment:
«Cette hospitalité nous fait aussi espérer que l’hôte principal du Pape, le président de la République, son Excellence Paul Biya qui lui-même est catholique, donnera une oreille plus qu’attentive aux prières que portent nos évêques et le Saint-Père pour un Cameroun paisible, réconcilié, juste et prospère et que le Président prendra des actions dans ce sens».
L’Église face aux défis de la corruption et des inégalités
L’Église catholique au Cameroun s’inscrit dans une longue tradition de dénonciation des injustices sociales, souligne le jésuite historien qui rappelle combien, dans leurs différentes lettres pastorales, les évêques camerounais n’ont jamais cessé de les dénoncer, comme ils ont dénoncé la corruption.
Ces injustices font des victimes dont «de valeureux enfants, parmi lesquels des prêtres religieux, religieuses et même des évêques», dont le sang s’est mêlé à celui de beaucoup d’autres Camerounais victimes de la violence aveugle ou de la guerre.
Aujourd’hui encore, face à ce phénomène qui mine le Cameroun, l’Église continue d’appeler à «une conversion éthique profonde», tant des citoyens que des dirigeants.
Un acteur majeur du développement social
Au-delà de sa mission spirituelle, l’Église constitue un pilier essentiel du tissu social camerounais. Avec plus de 1300 paroisses en pleine croissance, des centaines de congrégations religieuses masculines et féminines, réparties jusqu’aux coins les plus reculés du pays, des associations de laïcs très dynamiques qui couvrent des tâches pastorales et évidemment sociales incalculables… Autant de choses qu’on ne peut pas quantifier.
L’Église catholique gère un vaste réseau d’institutions, et joue un rôle clé dans l’éducation, la santé et l’action sociale. «Être catholique au Cameroun, c’est représenter le plus grand réseau de sécurité sociale du pays.»
Rien qu’au niveau de l’éducation, nous parlons d’une institution qui gère environ 30% de l’enseignement maternel, primaire et secondaire du pays et compte des universités de référence, dont l’Université catholique d’Afrique centrale, que le Saint-Père bénira d’une visite au cours de laquelle il rencontrera l’intelligentia camerounaise”
Une catholicité au service de la cohésion nationale
«Les différentes visites pontificales au Cameroun ont été marquées par des rencontres entre les différents papes et d’autres leaders religieux, chrétiens, musulmans et même traditionnels. Cela participe aussi de la catholicité de l’Église et du Cameroun, qui est un pays laïque où il existe la liberté de culte». La laïcité au Cameroun est synonyme de liberté partagée dans une harmonie qui s’incarne notamment dans l’accueil au sein des structures ecclésiales.
Qui sont de véritables espaces d’intégration: «Les adhérents de ces religions-là se sentent chez eux, chez nous, dans un climat souvent harmonieux et de mutuelle édification. C’est un autre aspect non quantifié de la contribution de l’Église pour l’édification d’une société plus juste, respectueuse et paisible».
Cette volonté de rapprochement trouve sa source dans des figures spirituelles fortes. Le père Enyegue plaide notamment pour la reconnaissance de Baba Simon, «maître spirituel de Jean-Marc-Éla,
Théologien et pionnier de l’évangélisation des Kirdi du Nord Cameroun, une région où se trouve concentrée la majorité des musulmans du pays, et de qui nous devons la présence forte de l’Église catholique dans cette partie du pays, une Église vibrante et en pleine croissance qui nous a donné de grands pasteurs».
Le dialogue interreligieux: un moteur de développement local
Le dialogue interreligieux au Cameroun est loin d’être une simple vue de l’esprit ou un concept théorique. Il est une réalité urbaine et économique, explique le père Enyegue. À Yaoundé, indique-t-il, la mixité des quartiers témoigne de cette fusion quotidienne. Des secteurs historiquement catholiques abritent désormais des pôles commerciaux musulmans qui sont essentiels à la vitalité de la capitale.
Cette collaboration n’est pas seulement commerciale; elle garantit la stabilité nécessaire à toute croissance. Pour le jésuite, la prière pour la paix, souvent organisée de manière transversale, a un impact direct sur la prospérité du pays: «La qualité de cette collaboration contribue automatiquement au développement du pays, car sans paix, le développement durable n’est pas possible».
La «mission inversée» et le rayonnement camerounais
Le visage de la mission a considérablement changé. Si l’évangélisation est autrefois venue d’Europe vers l’Afrique, le mouvement s’est aujourd’hui inversé, un phénomène qu’avec les spécialistes, on nomme la «reverse mission». Le Cameroun y participe activement, envoyant des religieux, des religieuses et des intellectuels aux quatre coins du globe.
La nomination par le Pape François de Mgr Jérôme Feudjo, comme évêque de Saint-Thomas des îles Vierges aux États-Unis, illustre ce rayonnement. Cette dynamique n’est pas nouvelle, mais qu’elle s’intensifie, faisant de l’Afrique un réservoir de foi pour l’Église universelle.
«L’évangélisation, c’est aussi quand nous y étudions, quand nous y aidons dans des services pastoraux, y enseignons ou dirigeons mémoires et thèses, tout en restant bonnement chez nous».
L’Afrique, poumon spirituel de l’humanité
Face aux crises mondiales, le regard des souverains pontifes successifs sur l’Afrique souligne une constante: celle de l’espérance. En s’appuyant sur les écrits de Benoît XVI et de François, le jésuite camerounais réaffirme que la joie de vivre africaine est un rempart contre le désespoir ambiant. L’Afrique n’est pas seulement une terre de besoins, elle est une terre de ressources spirituelles pour un monde assoiffé de paix.
Aussi, conclut-il, la visite de Léon XIV se veut un moment de consolidation de ce rôle de médiateur. En tant que «pontife», le Pape vient au Cameroun pour construire des ponts entre les communautés, les cultures et les nations.
