Archives de catégorie : Méditation

sur un aspect de spiritualité : Christ, Vierge Marie, Église dans le monde…

être le gardien de son propre cœur

être le gardien de son propre cœur

Après un long cycle sur le zèle apostolique, le Pape François a initié ce mercredi 27 décembre un nouveau cycle de catéchèses sur les vices et les vertus. Devant des fidèles réunis en salle Paul IV, le Souverain pontife est revenu sur le péché originel du livre de la Genèse, où Adam et Ève n’ont pas résisté à la tentation symbolisée par le serpent. Il appelle à ne jamais dialoguer avec le diable et à veiller sur son cœur.

 

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI
Mercredi 27 décembre 2023

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– Vices et vertus. 1. Introduction: la garde du cœur.

Résumé

Frères et sœurs, nous débutons un cycle de catéchèses sur le thème des vices et des vertus. Nous partons du commencement de la Bible, où dans le livre de la Genèse, le récit d’Adam et Ève présente la dynamique du mal et de la tentation.

Dans le jardin d’Éden apparaît un personnage qui devient le symbole de la tentation : le serpent. Dans son dialogue avec Adam et Ève, le serpent se révèle comme un orateur habile, malicieux et faux. Adam et Ève n’ont pas pu s’opposer à la tentation du serpent. L’idée d’un Dieu mauvais, qui voudrait les garder soumis, s’insinue dans leur esprit.

Ils croyaient devenir comme des dieux, mais ils réalisent qu’ils sont nus et habités par la peur. On ne doit jamais discuter avec le diable. Il est capable de déguiser un mal sous un masque invisible de bien. Il faut être gardien de son cœur. Le succès de tout combat spirituel se joue beaucoup à son début : en veillant toujours sur son cœur. 

Catéchèse

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais introduire un cycle de catéchèse sur le thème des vices et des vertus. Et nous pouvons commencer dès le début de la Bible, où le livre de la Genèse, à travers l’histoire des géniteurs, présente la dynamique du mal et de la tentation.

Pensons au paradis terrestre. Dans le tableau idyllique que représente le jardin d’Eden, apparaît un personnage qui devient le symbole de la tentation : le serpent, ce personnage qui séduit. Le serpent est un animal insidieux : il se déplace lentement, rampe sur le sol, et parfois on ne remarque même pas sa présence – il est silencieux -, car il parvient à bien s’intégrer dans l’environnement et surtout, c’est dangereux.

Lorsqu’il commence à dialoguer avec Adam et Ève, il prouve qu’il est aussi un dialecticien raffiné. Cela commence comme le font les mauvais ragots, par une question espiègle : « Est-il vrai que Dieu a dit : Vous ne devez manger d’aucun arbre du jardin ? (Gn 3 : 1). La phrase est fausse : Dieu, en réalité, a offert à l’homme et à la femme tous les fruits du jardin, sauf ceux d’un arbre spécifique : l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Cette interdiction n’a pas pour but d’interdire à l’homme d’utiliser la raison, comme cela est parfois mal interprété, mais constitue une mesure de sagesse. Comme pour dire : reconnaissez la limite, ne vous sentez pas maître de tout, car l’orgueil est le début de tous les maux.

Ainsi, l’histoire nous apprend que Dieu place les géniteurs comme seigneurs et gardiens de la création, mais veut les préserver de la présomption de toute-puissance, de se rendre maîtres du bien et du mal, ce qui est une tentation. une mauvaise tentation, même maintenant. C’est la menace la plus dangereuse pour le cœur humain.

Comme nous le savons, Adam et Ève furent incapables de résister à la tentation du serpent. L’idée d’un Dieu pas si bon, qui voulait les maintenir soumis, s’est glissée dans leur esprit : d’où l’effondrement de tout.

Avec ces histoires, la Bible nous explique que le mal ne commence pas chez l’homme de manière sensationnelle, lorsqu’un acte est maintenant manifeste, mais que le mal commence bien plus tôt, lorsque nous commençons à nous en divertir, à l’endormir dans l’imagination, pensées, finissant par être pris au piège par ses flatteries.

Le meurtre d’Abel n’a pas commencé par un jet de pierre, mais par la rancune que Caïn nourrissait malheureusement, le faisant devenir un monstre en lui-même. Même dans ce cas, les recommandations de Dieu ne servent à rien.

*

Avec le diable, chers frères et sœurs, il n’y a pas de dialogue. Jamais! Il ne faut jamais en discuter. Jésus n’a jamais parlé avec le diable ; il l’a chassé. Et dans le désert, lors des tentations, il n’a pas répondu par le dialogue ; il a simplement répondu par les paroles de l’Écriture Sainte, par la Parole de Dieu. Attention : le diable est un trompeur.

Ne lui parlez jamais, car il est plus intelligent que nous tous et nous fera payer. Quand la tentation vient, ne parlez jamais. Fermez la porte, fermez la fenêtre, fermez votre cœur. Alors, on se défend de cette séduction, parce que le diable est rusé, il est intelligent.

Il a essayé de tenter Jésus avec des citations bibliques, se présentant comme un grand théologien. Sois prudent. Il n’y a pas de dialogue avec le diable et il ne faut pas admettre la tentation, il n’y a pas de dialogue. La tentation vient : fermons la porte, gardons le cœur.

Vous devez être les gardiens de votre cœur. Et c’est pour cette raison que nous ne dialoguons pas avec le diable. C’est la recommandation – garder le cœur – que l’on retrouve chez divers pères, les saints. Et il faut demander cette grâce pour apprendre à garder le cœur. C’est une sagesse de savoir garder son cœur. Que le Seigneur nous aide dans ce travail. Mais celui qui garde son cœur garde un trésor. Frères et sœurs, apprenons à garder notre cœur.

*

Je salue cordialement les pèlerins de langue française.

Frères et sœurs, que la célébration de Noël nourrisse la foi de tous les baptisés et leur donne d’être porteurs de la paix et de la tendresse du Seigneur dans notre monde.

Que Dieu vous bénisse !

* * *

 Mon salut s’adresse enfin aux jeunes, aux malades, aux jeunes mariés et aux personnes âgées. Que l’Enfant de Bethléem vous donne à tous sa lumière, afin que vous puissiez inspirer vos actions quotidiennes en cette nouvelle année à l’Évangile.

Et n’oublions pas de prier pour ceux qui subissent les terribles conséquences de la violence et de la guerre, en particulier pour l’Ukraine tourmentée et pour les populations de Palestine et d’Israël. La guerre est mauvaise. Nous prions pour la fin des guerres. Ma bénédiction à tous !


Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

Texte traduit et présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

Urbi et Orbi – dire non à toutes les guerres

Urbi et Orbi – dire non à toutes les guerres

Dans son message de Noël lu avant la bénédiction Urbi et Orbi depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, le Pape François a tourné le regard et le cœur vers Bethléem, là où règnent aujourd’hui «douleur et silence». Il a parlé des conflits qui lacèrent le monde et a imploré la paix, notamment sur la terre qui a vu naître Jésus.

 

MESSAGE URBI ET ORBI
DU PAPE FRANÇOIS

NOËL 2023

Loggia de la basilique Saint-Pierre
Lundi 25 décembre 2023

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Chers frères et sœurs, joyeux Noël !

Le regard et le cœur des chrétiens du monde entier sont tournés vers Bethléem ; là où règnent aujourd’hui la douleur et le silence, a retenti l’annonce attendue depuis des siècles : « vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc 2, 11).

Ce sont les paroles de l’ange dans le ciel de Bethléem et elles nous sont également adressées. Elles nous remplissent de confiance et d’espérance de savoir que le Seigneur est né pour nous ; que la Parole éternelle du Père, le Dieu infini, a fixé sa demeure parmi nous. Il s’est fait chair, il est venu « habiter parmi nous » (Jn 1, 14) : voilà la nouvelle qui change le cours de l’histoire !

L’annonce de Bethléem est celle d’une « grande joie » (Lc 2, 10). Quelle joie ? Pas le bonheur passager du monde, pas la joie du plaisir, mais une joie “grande” parce qu’elle nous rend “grands”. Aujourd’hui, en effet, nous les êtres humains, avec nos limites, nous embrassons la certitude d’une espérance inouïe, celle d’être nés pour le Ciel.

Oui, Jésus notre frère est venu faire de son Père notre Père : Enfant fragile, il nous révèle la tendresse de Dieu ; et bien plus encore : Lui, le Fils unique du Père, nous donne le « pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12). Voilà la joie qui console le cœur, qui renouvelle l’espérance et qui donne la paix : c’est la joie de l’Esprit Saint, la joie d’être des enfants aimés.

*

Frères et sœurs, aujourd’hui à Bethléem, dans les ténèbres de la terre, s’est allumée cette flamme inextinguible, aujourd’hui sur les ténèbres du monde prévaut la lumière de Dieu, « qui éclaire tout homme » (Jn 1, 9).

Frères et sœurs, réjouissons-nous de cette grâce ! Réjouis-toi, toi qui as perdu confiance et certitudes, car tu n’es pas seul : le Christ est né pour toi ! Réjouis-toi, toi qui as perdu l’espérance, parce que Dieu te tend la main : il ne te pointe pas du doigt, mais il t’offre sa petite main d’Enfant pour te libérer de tes peurs, te relever de tes peines et te montrer qu’à ses yeux tu as plus de valeur que tout.

Réjouis-toi, toi qui ne trouves pas la paix dans ton cœur, car pour toi s’est accomplie l’antique prophétie d’Isaïe : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné […] son nom est proclamé : […] Prince-de-la-Paix » (9,5). L’Écriture révèle que sa paix, son règne « sera sans fin » (9, 6).

Dans l’Écriture, le Prince de la paix s’oppose au « prince de ce monde » (Jn 12, 31) qui, en semant la mort, agit contre le Seigneur, « qui aime les vivants » (Sg 11, 26). Nous le voyons à l’œuvre à Bethléem lorsque le massacre des innocents a lieu après la naissance du Sauveur.

Combien de massacres d’innocents dans le monde : dans le sein maternel, sur les routes des désespérés en quête d’espérance, dans les vies de tant d’enfants dont l’enfance est dévastée par la guerre. Ce sont les petits Jésus d’aujourd’hui, ces enfants dont l’enfance est dévastée par la guerre, par les guerres.

Alors dire “oui” au Prince de la paix signifie dire “non” à la guerre, et cela avec courage : dire “non” à la guerre, à toute guerre, à la logique même de la guerre, voyage sans but, défaite sans vainqueurs, folie sans excuses. C’est la guerre : voyage sans but, défaite sans vainqueurs, folie sans excuses.

Mais pour dire “non” à la guerre, il faut dire “non” aux armes. Car si l’homme, dont le cœur est instable et blessé, a en sa possession des instruments de mort, tôt ou tard, il les utilisera. Et comment peut-on parler de paix si la production, la vente et le commerce des armes augmentent ?

Aujourd’hui, comme au temps d’Hérode, les complots du mal, qui s’opposent à la lumière divine, se meuvent dans l’ombre de l’hypocrisie et de la dissimulation : combien de massacres armés ont lieu dans un silence assourdissant, à l’insu de tant de personnes !

Les personnes, qui ne veulent pas d’armes mais de pain, qui peinent à aller de l’avant et qui demandent la paix, ignorent combien d’argent public est destiné aux armements. Et pourtant ils devraient le savoir ! Que l’on en parle, que l’on en écrive, pour que l’on sache les intérêts et les gains qui tirent les ficelles des guerres.

Isaïe, qui prophétisait le Prince de la paix, a écrit à propos d’un jour où « jamais nation contre nation ne lèvera l’épée » ; d’un jour où les hommes « n’apprendront plus la guerre », mais « de leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles » (2, 4). Avec l’aide de Dieu, faisons en sorte que ce jour approche !

*

Qu’il s’approche en Israël et en Palestine, où la guerre secoue la vie de ces populations. Je les embrasse toutes, en particulier les communautés chrétiennes de Gaza et de toute la Terre Sainte. Je porte dans mon cœur la douleur pour les victimes de l’odieuse attaque du 7 octobre dernier et je renouvelle un appel pressant pour la libération de ceux qui sont encore retenus en otage.

Je demande que cessent les opérations militaires, avec leur effroyable suite de victimes civiles innocentes, et que l’on remédie à la situation humanitaire désespérée en ouvrant à l’arrivée de l’aide humanitaire.

Que l’on ne continue pas à alimenter la violence et la haine, mais que l’on commence à résoudre la question palestinienne, à travers un dialogue sincère et persévérant entre les Parties, soutenu par une forte volonté politique et par l’appui de la communauté internationale.

Ma pensée va ensuite à la population de la Syrie meurtrie, ainsi qu’à celle du Yémen encore en souffrance. Je pense au cher peuple libanais et je prie pour qu’il retrouve rapidement la stabilité politique et sociale.

Les yeux fixés sur l’Enfant Jésus, j’implore la paix pour l’Ukraine. Renouvelons notre proximité spirituelle et humaine à son peuple meurtri, afin qu’à travers le soutien de chacun de nous, il sente la réalité de l’amour de Dieu.

Que s’approche le jour d’une paix définitive entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Que la poursuite des initiatives humanitaires, le retour des personnes déplacées chez elles en toute légalité et sécurité, et le respect mutuel des traditions religieuses et des lieux de culte de chaque communauté la favorisent.

N’oublions pas les tensions et les conflits qui secouent la région du Sahel, la Corne de l’Afrique, le Soudan, ainsi que le Cameroun, la République Démocratique du Congo et le Soudan du Sud.

Que s’approche le jour où se renforceront les liens fraternels dans la péninsule coréenne, ouvrant des parcours de dialogue et de réconciliation qui puissent créer les conditions d’une paix durable.

*

Que le Fils de Dieu, qui s’est fait humble Enfant, inspire les autorités politiques et toutes les personnes de bonne volonté du continent américain, afin que soient trouvées des solutions aptes à surmonter les dissensions sociales et politiques, pour lutter contre les formes de pauvreté qui offensent la dignité des personnes, pour aplanir les inégalités et pour affronter le douloureux phénomène des migrations.

De la crèche, l’Enfant nous demande d’être la voix de ceux qui n’ont pas de voix : voix des innocents, morts par manque d’eau et de pain ; voix de ceux qui ne parviennent pas à trouver un travail ou l’ont perdu ; voix de ceux qui sont obligés de fuir leur patrie à la recherche d’un avenir meilleur, risquant leur vie dans des voyages exténuants et à la merci de trafiquants sans scrupules.

Frères et sœurs, le temps de grâce et d’espérance du Jubilé, qui commencera dans un an, approche. Que cette période de préparation soit une occasion pour convertir le cœur ; pour dire “non” à la guerre et “oui” à la paix ; pour répondre avec joie à l’invitation du Seigneur qui nous appelle, comme prophétisa encore Isaïe,

« annoncer la bonne nouvelle aux humbles, /
guérir ceux qui ont le cœur brisé, /
proclamer aux captifs leur délivrance, /
aux prisonniers leur libération » (Is 61, 1).

Ces paroles se sont accomplies en Jésus (cf. Lc 4, 18), né aujourd’hui à Bethléem. Accueillons-le, ouvrons-Lui notre cœur, lui le Sauveur ! ouvrons-Lui notre cœur, lui le Sauveur, qui est le Prince de la paix !

Angelus nuntiavit Mariae...

BÉNÉDICTION URBI ET ORBI

Que les saints Apôtres Pierre et Paul, dont la puissance et l’autorité nous ont été confiées, intercèdent personnellement pour nous auprès du Seigneur !

℟. Amen.

Que par les prières et les mérites de la bienheureuse Marie toujours Vierge, de Saint Michel archange, de Saint Jean Baptiste et des saints apôtres Pierre et Paul, et de tous les saints, le Dieu tout-puissant ait pitié de vous et qu’ayant remis tous vos péchés, Jésus Christ vous conduise à la vie éternelle !

℟. Amen.

L’indulgence, l’absolution et le pardon de tous vos péchés, un espace d’une pénitence authentique et fructueuse, un cœur toujours pénitent et une correction de votre vie, la grâce et le conseil de l’Esprit Saint et la persévérance jusqu’à la fin dans les bonnes œuvres : que vous l’accorde le Seigneur tout-puissant et miséricordieux !

℟. Amen.

Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit descende sur vous et y demeure à jamais.

℟. Amen.


Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

Messe de la Nuit de Noël – le Dieu de l’incarnation choisit la petitesse

Messe de la Nuit de Noël:
le Dieu de l’incarnation choisit la petitesse

Dans son homélie, le Pape a rappelé combien Jésus n’est pas un Dieu de la performance ni du pouvoir illimité, mais qui s’immerge dans nos limites et fragilités. «Notre cœur, ce soir, est à Bethléem, où le Prince de la paix est encore rejeté par la logique perdante de la guerre, avec le fracas des armes qui, aujourd’hui encore, l’empêche de trouver une place dans le monde».

 

MESSE DE LA NUIT

SOLENNITÉ DU NOËL DU SEIGNEUR

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS

Basilique vaticane
dimanche 24 décembre 2023

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«Le recensement de toute la terre» (Lc 2,1). C’est le contexte dans lequel Jésus est né et sur lequel se concentre l’Évangile. Il aurait pu en parler rapidement, mais il en parle avec précaution.

Et avec cela il fait ressortir un grand contraste : tandis que l’empereur compte les habitants du monde, Dieu entre presque secrètement ; tandis que les responsables tentent de s’élever parmi les grands de l’histoire, le Roi de l’histoire choisit la voie de la petitesse. Aucun des puissants ne le remarque, seulement quelques bergers, relégués en marge de la vie sociale.

Mais le recensement en dit plus. Il n’a pas laissé un bon souvenir dans la Bible. Le roi David, cédant à la tentation du grand nombre et à une prétention malsaine à l’autosuffisance, avait commis un grave péché en procédant à un recensement de la population. Il voulait connaître la force et après environ neuf mois il eut le nombre de ceux qui pouvaient manier l’épée (voir 2 Sam 24,1-9).

Le Seigneur s’est indigné et un malheur a frappé le peuple. Mais cette nuit-là, le « Fils de David », Jésus, après neuf mois dans le sein de Marie, naît à Bethléem, la ville de David, et ne punit pas le recensement, mais se laisse humblement compter. Un parmi tant d’autres.

Nous ne voyons pas un Dieu colérique qui punit, mais le Dieu miséricordieux qui s’incarne, qui entre faiblement dans le monde, précédé de l’annonce : « sur la terre, paix entre les hommes » (Lc 2, 14). Et notre cœur ce soir est à Bethléem, où le Prince de la Paix est encore rejeté par la logique perdante de la guerre, avec le rugissement des armes qui l’empêche encore aujourd’hui de trouver une maison dans le monde (voir Luc 2, 7).

Bref, le recensement de la terre entière manifeste d’une part la trame trop humaine qui traverse l’histoire : celle d’un monde en quête de pouvoir et de puissance, de renommée et de gloire, où tout se mesure aux succès et aux résultats, avec les chiffres. et avec les chiffres. C’est l’obsession de la performance.

Mais en même temps, le chemin de Jésus se démarque dans le recensement, qui vient nous chercher à travers l’incarnation. Il n’est pas le dieu de la performance, mais le Dieu de l’incarnation. Il ne renverse pas les injustices d’en haut par la force, mais d’en bas avec amour ; elle n’éclate pas avec une puissance illimitée, mais descend dans nos limites ; il n’évite pas nos fragilités, mais les assume.

Frères et sœurs, ce soir nous pouvons nous demander : en quel Dieu croyons-nous ? Dans le Dieu de l’incarnation ou dans celui de la performance ? Oui, car il y a le risque de vivre Noël avec une idée païenne de Dieu dans la tête, comme s’il était un puissant maître au ciel ; un dieu qui allie pouvoir, réussite mondaine et idolâtrie du consumérisme.

La fausse image d’un dieu détaché et susceptible, qui se comporte bien avec les bons et se met en colère contre les méchants, revient toujours ; d’un dieu fait à notre image, utile uniquement pour résoudre nos problèmes et éloigner nos maux.

Il n’utilise cependant pas de baguette magique, il n’est pas le dieu commercial du « tout à la fois » ; il ne nous sauve pas en appuyant sur un bouton, mais il est sur le point de changer la réalité de l’intérieur.

Pourtant, combien profondément enracinée en nous est l’idée mondaine d’un Dieu distant et contrôlant, rigide et puissant, qui aide ses disciples à l’emporter sur les autres ! Bien souvent, cette image est ancrée en nous. Mais ce n’est pas le cas : Il est né pour tous, lors du recensement de la terre entière.

Regardons donc le « Dieu vivant et vrai » (1 Thess 1,9) : vers Lui, qui dépasse tout calcul humain et se laisse cependant enregistrer par nos comptes ; à Celui qui révolutionne l’histoire en y vivant ; à Lui, qui nous respecte au point de nous permettre de le rejeter ; à Lui, qui efface le péché en en assumant la responsabilité, qui n’enlève pas la douleur mais la transforme, qui n’enlève pas les problèmes de nos vies, mais donne à nos vies une espérance plus grande que les problèmes.

Il veut tellement embrasser nos existences que, infini, il devient fini pour nous ; grand, devient petit ; c’est vrai, vit nos injustices. Frères et sœurs, voici la merveille de Noël : non pas un mélange d’affections sucrées et de conforts mondains, mais la tendresse sans précédent de Dieu qui sauve le monde en s’incarnant.

On regarde l’Enfant, on regarde sa crèche, on regarde la crèche, que les anges appellent « le signe » (Lc 2,12) : c’est en fait le signe révélateur du visage de Dieu, qui est compassion. et miséricorde, toute-puissante toujours et seulement dans l’Amour. Il devient proche, il devient proche, tendre et compatissant, c’est la manière d’être de Dieu : proximité, compassion, tendresse.

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Sœurs, frères, soyons étonnés car « il s’est fait chair » (voir Jean 1, 14). Chair : un mot qui rappelle notre fragilité et que l’Évangile utilise pour nous dire que Dieu est entré profondément dans notre condition humaine. Pourquoi est-il allé aussi loin ? – nous nous demandons –. Parce qu’il se soucie de tout de nous, parce qu’il nous aime au point de nous considérer comme plus précieux que toute autre chose.

Frère, sœur, par Dieu qui a changé l’histoire lors du recensement, tu n’es pas un numéro, mais tu es un visage ; ton nom est écrit dans son cœur. Mais vous, en regardant votre cœur, les performances qui ne sont pas à la hauteur, le monde qui juge et ne pardonne pas, peut-être vivez-vous mal ce Noël, pensant que vous ne faites pas bien, nourrissant un sentiment d’insuffisance et insatisfaction pour vos fragilités, pour vos chutes et vos problèmes et pour vos péchés.

Mais aujourd’hui, s’il vous plaît, laissez l’initiative à Jésus, qui vous dit : « Pour vous je me suis fait chair, pour vous je suis devenu semblable à vous ». Pourquoi restes-tu dans la prison de ta tristesse ? Comme les bergers qui ont abandonné leurs troupeaux, quittez l’enclos de votre mélancolie et embrassez la tendresse du Dieu enfant.

Et faites-le sans masques, sans armure, jetez-lui vos soucis et il prendra soin de vous (voir Ps 55, 23) : Lui, devenu chair, n’attend pas vos performances réussies, mais votre cœur ouvert et votre confident. Et en Lui tu redécouvriras qui tu es : un fils bien-aimé de Dieu, une fille aimée de Dieu.

Maintenant tu peux le croire, car ce soir le Seigneur est venu à la lumière pour illuminer ta vie et ses yeux brillent d’amour pour toi. Nous avons du mal à croire que les yeux de Dieu brillent d’amour pour nous. Oui, le Christ ne regarde pas les chiffres, mais les visages. Mais qui se tourne vers Lui, parmi les nombreuses choses et les courses folles d’un monde toujours occupé et indifférent ? Qui le regarde ?

A Bethléem, tandis que de nombreuses personnes, captivées par le frisson du recensement, allaient et venaient, remplissant les logements et les auberges en parlant de choses et d’autres, certains étaient proches de Jésus : c’étaient Marie et Joseph, les bergers, puis les mages. Apprenons d’eux. Ils se tiennent le regard fixé sur Jésus, le cœur tourné vers Lui, ils ne parlent pas, mais ils adorent.

Ce soir, frères et sœurs, c’est le temps de l’adoration : d’adorer. L’adoration est le moyen d’accueillir l’incarnation. Parce que c’est dans le silence que Jésus, Parole du Père, s’incarne dans nos vies. Nous aussi, nous faisons comme à Bethléem, qui signifie « maison du pain » : nous nous tenons devant Lui, le Pain de vie. Redécouvrons l’adoration, car adorer, ce n’est pas perdre du temps, mais laisser Dieu habiter notre temps.

C’est faire fleurir en nous la semence de l’incarnation, c’est collaborer à l’œuvre du Seigneur, qui comme le levain change le monde. Adorer, c’est intercéder, réparer, permettre à Dieu de redresser l’histoire.

Un grand narrateur d’épopées écrivait à son fils : « Je t’offre la seule grande chose à aimer sur terre : le Saint-Sacrement. Vous y trouverez le charme, la gloire, l’honneur, la loyauté et le véritable chemin de tous vos amours sur terre » (J.R.R. Tolkien, Lettre 43, mars 1941).

Frères et sœurs, ce soir, l’amour change l’histoire. Croyons, Seigneur, à la puissance de ton amour, si différente de la puissance du monde. Seigneur, comme Marie, Joseph, les bergers et les sages, rassemblons-nous autour de toi pour t’adorer. Rendu par Toi plus semblable à Toi, nous pourrons témoigner au monde de la beauté de ton visage.


Copyright © Dicastero per la Comunicazione – Libreria Editrice Vaticana

Texte traduit et présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse