Pourquoi sommes-nous désolés ?

Pourquoi sommes-nous désolés ?

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 16 novembre 2022

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Résumé de la catéchèse

Frères et sœurs, en reprenant nos catéchèses sur le thème du discernement, nous nous consacrons aujourd’hui à la désolation, un état spirituel qui peut être une occasion de croissance. Sans l’insatisfaction, la tristesse salutaire, une saine capacité d’habiter dans la solitude, il y a le risque de demeurer dans la superficialité et de perdre contact avec le centre de l’existence.

La désolation provoque une “secousse de l’âme”, favorise la vigilance et l’humilité et nous protège du vent des caprices. Une sérénité parfaite mais ascétique, considérée comme un objectif à atteindre, nous rend inhumains, indifférents à la souffrance des autres et incapables d’accueillir la nôtre. La désolation est aussi une invitation à la gratuité.

Être en état de désolation nous offre la possibilité de grandir, de commencer une relation plus responsable, plus belle, avec le Seigneur et les proches. Rester avec Jésus, sans autre but, est bénéfique pour nous. La vie spirituelle n’est pas une technique mise à notre disposition ni un programme de “bien-être” intérieur.

Elle est la relation avec le Vivant, irréductible à nos catégories. La désolation est la réponse la plus claire à l’objection que l’expérience de Dieu serait une forme de suggestion, une simple projection de nos désirs. Car celui qui prie se rend compte que les résultats sont imprévisibles.

Catéchèse sur le discernement – 8. Pourquoi sommes-nous désolés ?

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Nous reprenons aujourd’hui le cycle de catéchèse sur le thème du discernement. Nous avons vu combien il est important de lire ce qui se meut à l’intérieur de nous, afin de ne pas prendre de décisions hâtives, sur la lancée de l’émotion du moment, pour ensuite les regretter quand il est désormais trop tard. C’est-à-dire lire ce qui arrive et ensuite prendre les décisions.

En ce sens, même l’état spirituel que nous nommons désolation, quand dans le cœur tout est sombre, c’est triste, cet état de la désolation peut être une occasion de croissance. En effet, s’il n’y a pas un peu d’insatisfaction, un peu de tristesse salutaire, une saine capacité d’habiter la solitude, et d’être avec nous-mêmes sans fuir, nous risquons de rester toujours à la superficie des choses et de ne jamais prendre contact avec le centre de notre existence.

La désolation provoque une « secousse de l’âme » : quand on est triste, c’est comme si l’âme était secouée ; cela tient en alerte, favorise la vigilance et l’humilité et nous protège du vent des caprices. Ce sont des conditions indispensables pour le progrès dans la vie, et donc aussi dans la vie spirituelle. Une sérénité parfaite mais « aseptique », sans sentiments, lorsqu’elle devient le critère des choix et des comportements, nous rend inhumains.

Nous ne pouvons pas ne pas prêter attention aux sentiments : nous sommes humains et l’émotion fait partie de notre humanité ; sans la compréhension des sentiments, nous serions inhumains, sans l’expérience des émotions, nous serions également indifférents à la souffrance des autres et incapables d’accueillir la nôtre. Sans compter qu’une telle « sérénité parfaite » ne saurait être atteinte par cette voie de l’indifférence.

Cette distance aseptique : « Je ne me mêle pas aux choses, je garde mes distances » : ce n’est pas la vie, c’est comme si nous vivions dans un laboratoire, enfermés, pour ne pas avoir de microbes, de maladies. Pour de nombreux saints et saintes, l’inquiétude a été un élan décisif pour changer leur vie. Cette sérénité artificielle n’est pas bonne, alors qu’elle est bonne la saine inquiétude, le cœur inquiet, le cœur à la recherche d’une voie à suivre.

C’est le cas, par exemple, d’Augustin d’Hippone, ou d’Edith Stein, ou de Joseph Benoît Cottolengo, ou de Charles de Foucauld. Les choix importants ont un prix que la vie indique, un prix qui est à la portée de tous : En d’autres termes, les choix importants ne viennent pas par la loterie, non ; ils ont un prix et tu dois payer ce prix.

C’est un prix que tu dois payer avec ton cœur, c’est un prix de la décision, un prix d’un effort continue Ce n’est pas gratuit, mais c’est un prix à la portée de tous. Nous devons tous payer cette décision pour sortir de l’état d’indifférence, qui nous déprime, toujours.

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La désolation est aussi une invitation à la gratuité, à ne pas agir toujours et uniquement en vue d’une gratification affective. Être désolés nous offre la possibilité de grandir, d’entamer une relation plus mature, plus belle avec le Seigneur et avec les personnes qui nous sont chères, une relation qui ne se réduit pas à un simple échange de donner et de recevoir.

Souvenons-nous de notre enfance, par exemple souvenons-nous : enfants, souvent nous recherchions nos parents pour obtenir quelque chose d’eux, un jouet, de l’argent pour acheter une glace, une permission… Et donc nous les recherchions non pas pour eux-mêmes, mais pour un intérêt. Pourtant, le plus grand don, ce sont eux, les parents, et nous le comprenons en grandissant.

Beaucoup de nos prières sont aussi un peu comme cela, ce sont des demandes de faveurs adressées au Seigneur, sans réel intérêt à son égard. Nous ne cessons de demander, demander, demander au Seigneur. L’Évangile note que Jésus était souvent entouré de nombreuses personnes qui le cherchaient pour obtenir quelque chose, des guérisons, une aide matérielle, mais pas simplement pour être avec lui. Il était pressé par les foules, et pourtant il était seul.

Certains saints, et même certains artistes, ont médité sur cette condition de Jésus. Il peut sembler étrange, irréel, de demander au Seigneur : « Comment vas-tu ? ». Au contraire, c’est une très belle manière d’entrer dans une relation vraie, sincère, avec son humanité, avec sa souffrance, voire avec sa singulière solitude. Avec Lui, avec le Seigneur qui a voulu nous faire partager pleinement sa vie.

Cela nous fait tellement de bien d’apprendre à être avec Lui, à être avec le Seigneur sans autre but, exactement comme nous cela nous arrive avec les gens que nous aimons : nous voulons les connaître de plus en plus, parce qu’il est bon de être avec eux.

Chers frères et sœurs, la vie spirituelle n’est pas une technique à notre disposition, ce n’est pas un programme de « bien-être » intérieur qu’il nous appartient de planifier. Non. La vie spirituelle est la relation avec le Vivant, avec Dieu, le Vivant, irréductible à nos catégories. Et la désolation est alors la réponse la plus claire à l’objection selon laquelle l’expérience de Dieu est une forme de suggestion, une simple projection de nos désirs.

La désolation, c’est ne rien ressentir, tout est sombre : mais tu cherches Dieu dans la désolation. Dans ce cas, si nous pensons qu’elle est une projection de nos désirs, ce sera toujours à nous de le programmer, nous serions toujours heureux et satisfaits, comme un disque qui répète la même musique.

Au contraire, celui qui prie se rend compte que les résultats sont imprévisibles : des expériences et des passages de la Bible qui nous ont souvent donner de l’enthousiasme, aujourd’hui, étrangement, ne suscitent aucun sentiment.

Et, de manière tout aussi inattendue, des expériences, des rencontres et des lectures auxquelles on n’avait jamais prêté attention ou qu’on aurait préféré éviter – comme l’expérience de la croix – apportent une paix inattendue immense. Ne pas craindre la désolation, la poursuivre avec persévérance, ne pas la fuir. Et dans la désolation, chercher à trouver le cœur du Christ, trouver le Seigneur. Et la réponse arrive, toujours.

Face aux difficultés, il ne faut donc jamais se décourager, s’il vous plait, mais affronter l’épreuve avec détermination, avec l’aide de la grâce de Dieu qui ne nous fait jamais défaut. Et si nous entendons en nous une voix insistante visant à nous détourner de la prière, apprenons à la démasquer comme la voix du tentateur ; et ne nous laissons pas impressionner : faisons tout simplement le contraire de ce qu’elle nous dit ! Merci


Je salue cordialement les pèlerins de langue française, particulièrement les écoles Fénelon et Blomet de Paris, la paroisse Sacré-Cœur de Jésus de Turgeau en Haïti et la paroisse de Herrlisheim. Frères et sœurs, devant les difficultés et les problèmes de la vie, nous nous sentons parfois impuissants, découragés et troublés. Demandons la grâce de Dieu pour affronter l’épreuve avec décision et avec foi dans un abandon total à la Providence divine. Que Dieu vous bénisse !

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J’élève mes prières pour les victimes innocentes de l’attaque terroriste qui a eu lieu ces derniers jours à Istanbul. Notre prière incessante est aussi pour l’Ukraine tourmentée : que le Seigneur donne aux Ukrainiens consolation, force dans cette épreuve et donne l’espoir de la paix. Nous pouvons prier pour l’Ukraine en disant : « Dépêche-toi Seigneur ».

Enfin, comme d’habitude, mes pensées vont aux jeunes, aux malades, aux personnes âgées et aux jeunes mariés. A l’exemple de sainte Marguerite d’Écosse et de sainte Gertrude, dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire, cherchez toujours en Jésus la lumière et le soutien de chacun de vos choix dans la vie quotidienne. Ma bénédiction à tous !

APPEL

J’ai appris avec tristesse et préoccupation la nouvelle d’une nouvelle attaque de missiles encore plus forte contre l’Ukraine, qui a fait des morts et endommagé de nombreuses infrastructures civiles. Prions pour que le Seigneur convertisse le cœur de qui persiste pour la guerre et fasse triompher pour l’Ukraine martyrisée le désir de paix, afin d’éviter toute escalade et d’ouvrir la voie au cessez-le-feu et au dialogue.


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Texte présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse


persévérer consiste à «construire le bien chaque jour»

persévérer consiste à «construire le bien chaque jour»

Avant la prière dominicale de l’Angélus, le Pape François a commenté l’Évangile du jour depuis la fenêtre du Palais apostolique, offrant une réflexion sur le sens de la persévérance.

LE PAPE FRANÇOIS

ANGÉLUS

Place Saint-Pierre
dimanche 13 novembre 2022

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Chers frères et sœurs, bonjour, bon dimanche !

L’évangile d’aujourd’hui nous emmène à Jérusalem, dans le lieu le plus saint : le temple. Là, autour de Jésus, certains parlent de la magnificence de cet édifice grandiose, « orné de belles pierres » (Lc 21, 5). Mais le Seigneur affirme : « Ce que tu verras ne restera pas pierre sur pierre qui ne sera détruite » (v. 6).

Puis il ajoute à la dose, expliquant comment dans l’histoire presque tout s’effondre : il y aura, dit-il, des révolutions et des guerres, des tremblements de terre, des famines, des pestes et des persécutions (cf. vv. 9-17). Comme pour dire : il ne faut pas trop se fier aux réalités terrestres : elles passent.

Ce sont des paroles sages, qui peuvent cependant nous donner un peu d’amertume : beaucoup de choses vont déjà mal, pourquoi le Seigneur tient-il aussi des discours aussi négatifs ? En réalité, son intention n’est pas d’être négative, c’en est une autre, c’est de nous donner un enseignement précieux, c’est-à-dire la sortie de toute cette précarité. Et quelle est la sortie ? Comment sortir de cette réalité qui passe et passe et n’existera plus ?

C’est en un mot qui peut-être nous surprend. Le Christ le révèle dans la dernière phrase de l’Évangile, lorsqu’il dit : « Par ta persévérance, tu sauveras ta vie » (v. 19). Persévérance. Qu’est-ce que c’est? Le mot indique être « très strict »; mais strict dans quel sens ? Avec eux-mêmes, s’estimant pas à la hauteur ? Non. Avec les autres, devenir rigide et inflexible ? Non.

Jésus demande d’être « sévère », loyal, persévérant dans ce qui est important pour lui, dans ce qui compte. Parce que, ce qui compte vraiment, souvent ne coïncide pas avec ce qui attire notre intérêt : souvent, comme ces gens du temple, nous donnons la priorité aux œuvres de nos mains, à nos succès, à nos traditions religieuses et civiles, à nos symboles sacrés et sociaux.

C’est bien, mais nous lui accordons trop de priorité. Ce sont des choses importantes, mais elles passent. Au lieu de cela, Jésus dit de se concentrer sur ce qui reste, d’éviter de consacrer sa vie à construire quelque chose qui sera ensuite détruit, comme ce temple, et d’oublier de construire ce qui ne s’effondre pas, de construire sur sa parole, sur l’amour, sur le bien. Soyez persévérant, rigoureux et décisif en construisant sur ce qui ne passe pas.

C’est donc ça la persévérance : c’est construire du bien chaque jour. Persévérer, c’est rester constant dans le bien, surtout quand la réalité environnante vous pousse à faire autre chose. Donnons quelques exemples: je sais que prier est important, mais moi aussi, comme tout le monde, j’ai toujours beaucoup à faire, et donc je reporte : « Non, maintenant je suis occupé, je ne peux pas, je vais faire plus tard ».

Ou alors, je vois beaucoup d’intelligents qui profitent des situations, qui « dribblent » les règles, et moi aussi je cesse de les observer, persévérant dans la justice et la légalité : « Mais si ces malins le font, je le ferai aussi ». Vous l’attendez !

Encore : je fais un service dans l’Église, pour la communauté, pour les pauvres, mais je vois que beaucoup de gens pendant leur temps libre ne pensent qu’à s’amuser, et puis j’ai envie de laisser faire et de faire comme eux. Parce que je ne vois pas de résultats ou que je m’ennuie ou que ça ne me rend pas heureux.

Persévérer, en revanche, c’est rester dans le bien. Demandons-nous : comment est ma persévérance ? Suis-je constant ou je vis la foi, la justice et la charité selon les moments : si je veux plaire, si cela me convient je suis correct, disponible et serviable, tandis que, si je suis insatisfait, si personne ne me remercie, est-ce que je m’arrête ?

En bref, ma prière et mon service dépendent-ils des circonstances ou d’un cœur ferme dans le Seigneur ? Si nous persévérons – nous rappelle Jésus – nous n’avons rien à craindre, même dans les événements tristes et laids de la vie, pas même le mal que nous voyons autour de nous, car nous restons ancrés dans le bien.

Dostoïevski écrivait : « N’ayez pas peur des péchés des hommes, aimez l’homme même avec son péché, car ce reflet de l’amour divin est le sommet de l’amour sur la terre » (Les frères Karamazov, II, 6.3g). La persévérance est le reflet dans le monde de l’amour de Dieu, car l’amour de Dieu est fidèle, il est persévérant, il ne change jamais.

Que Notre-Dame, servante du Seigneur persévérante dans la prière (cf. Ac 1, 12), fortifie notre constance.

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Après l’Angélus

Chers frères et sœurs !

Demain est le premier anniversaire du lancement de la plate-forme Laudato si ‘Action, qui promeut la conversion écologique et des modes de vie compatibles avec celle-ci. Je remercie tous ceux qui ont rejoint cette initiative : il y a environ six mille participants, parmi lesquels des particuliers, des familles, des associations, des entreprises, des institutions religieuses, culturelles et sanitaires.

C’est un excellent début pour un voyage de sept ans visant à répondre au cri de la terre et au cri des pauvres. J’encourage cette mission, cruciale pour l’avenir de l’humanité, afin qu’elle puisse favoriser chez tous un engagement concret au service de la création.

Nous restons toujours proches de nos frères et sœurs de l’Ukraine tourmentée. Concluez par la prière et par une solidarité concrète. La paix est possible ! Ne nous résignons pas à la guerre.

Et je vous salue tous, pèlerins d’Italie et de divers pays, familles, paroisses, associations et fidèles individuels. En particulier, je salue le groupe charismatique « El Shaddai » des États-Unis d’Amérique, les musiciens uruguayens du « bandonéon » – j’y vois le drapeau, bravo ! -, la Mission gréco-catholique roumaine à Paris, les représentants de la pastorale scolaire de Limoges et de Tulle avec leurs Évêques respectifs, les membres de la communauté érythréenne de Milan, à qui j’assure ma prière pour leur pays.

Je suis heureux d’accueillir les servants d’autel d’Ovada, la coopérative « La Nuova Famiglia » de Monza, la Protection civile de Lecco, les fidèles de Pérouse, Pise, Sassari, Catane et Bisceglie, ainsi que les garçons et les filles de l’Immaculée Conception.

Je souhaite à tous un bon dimanche. S’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Bon déjeuner et au revoir !


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Texte traduit et présenté par l’Association de la Médaille Miraculeuse

la force douce du dialogue plutôt que la logique des armes

la force douce du dialogue plutôt que la logique des armes

Le Pape a parlé de son 39e voyage apostolique à Bahreïn, lors de l’audience générale du 9 novembre, place Saint-Pierre de Rome. Il l’a éclairé à la lumière des trois mots-clés: dialogue, rencontre et marche.

 

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 9 novembre 2022


Résumé de la catéchèse du Saint-Père :

Chers frères et sœurs,

de retour de mon voyage au Bahreïn, je désire remercier toutes les personnes qui m’ont accompagné par leur prière et renouveler ma reconnaissance à Sa Majesté le Roi, aux Autorités et à la population pour leur chaleureux accueil.

À la question pourquoi visiter ce petit pays à majorité musulmane, je réponds par ces trois mots : dialogue, rencontre et marche. Il s’agissait d’un voyage pour participer au Forum sur le dialogue entre l’Orient et l’Occident. Le Bahreïn nous a aidés à comprendre qu’on ne doit pas vivre isolés et que le dialogue est « l’oxygène de la paix ».

Il faut que les responsables religieux et civils du monde entier sachent regarder au-delà de leurs frontières et de leurs communautés pour prendre soin de l’ensemble. À cet effet, le Forum sur le dialogue a exhorté à choisir la voie de la rencontre et à refuser celle du conflit. Il ne peut y avoir de dialogue sans rencontre, parce que sans l’accueil, le dialogue est creux, superficiel et reste au niveau des idées, sans atteindre la réalité.

Ce voyage au Bahreïn faisait aussi partie d’un parcours inauguré par le voyage de saint Jean Paul II au Maroc ; la première visite d’un Pape au Bahreïn représente donc une nouvelle étape de cette marche entre croyants chrétiens et musulmans, pour construire une alliance fraternelle au nom de notre père Abraham.

Enfin, nos frères et sœurs dans la foi, rencontrés à Notre Dame d’Arabie, vivent vraiment « en marche ». Ils avancent avec joie dans la certitude que l’espérance en Dieu ne déçoit pas. Je voudrais vous transmettre aujourd’hui un peu de leur joie authentique, simple et belle.

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Catéchèse : le voyage Apostolique au Bahreïn

Chers frères et sœurs, bienvenus et bonjour !

Avant de parler de ce que j’ai préparé, je voudrais attirer l’attention sur ces deux jeunes gens qui sont venus ici. Ils n’ont pas demandé la permission, ils n’ont pas dit : « Ah, j’ai peur » : ils sont venus directement. C’est ainsi que nous devons être avec Dieu : directement.

Ils nous ont donné un exemple de la manière dont nous devons être avec Dieu, avec le Seigneur : aller de l’avant ! Lui, il nous attend toujours. Cela m’a fait du bien de voir la confiance de ces deux enfants : c’est un exemple pour nous tous. C’est ainsi que nous devons toujours nous approcher du Seigneur : avec liberté. Merci.

Il y a trois jours, je suis rentré de mon voyage au Royaume de Bahreïn, que je ne connaissais pas, vraiment : je ne savais pas bien comment était, ce royaume. Je tiens à remercier tous ceux qui ont accompagné cette visite avec le soutien de la prière, et renouveler ma gratitude à Sa Majesté le Roi, aux autres Autorités, à l’Église locale et à la population pour leur accueil chaleureux.

Et aussi, je veux remercier les organisateurs des voyages : pour effectuer ce voyage, il y a beaucoup de gens qui se déplacent, la Secrétairerie d’État travaille tant pour préparer les discours, pour préparer la logistique, tout, beaucoup de gens sont mobilisés… ensuite, les traducteurs… et puis, le Corps de la Gendarmerie, le Corps de la Garde suisse, qui sont très braves. C’est un travail énorme !

Tous, tous, je voudrais vous remercier publiquement pour tout ce que vous faites pour qu’un voyage du Pape se passe bien. Merci.

La question se pose spontanément : pourquoi le pape a-t-il voulu visiter ce petit pays à très forte majorité musulmane ? Il existe de nombreux pays chrétiens : pourquoi ne pas aller d’abord dans l’un ou l’autre ? Je voudrais répondre à travers trois mots : dialogue, rencontre et marche.

Le dialogue, oxygène de la paix

Dialogue : l’occasion de ce voyage désiré depuis longtemps a été offerte par l’invitation du Roi à un Forum sur le dialogue entre Orient et Occident. Un dialogue qui sert à découvrir la richesse de ceux qui appartiennent à d’autres peuples, d’autres traditions, d’autres croyances.

Bahreïn, un archipel composé de nombreuses îles, nous a permis de comprendre qu’il ne faut pas vivre dans l’isolement, mais en se rapprochant. Au Bahreïn, qui sont des îles, ils se sont rapprochés, ils se sont effleurés. La cause de la paix l’exige, et le dialogue est « l’oxygène de la paix ». N’oubliez pas ceci : le dialogue est l’oxygène de la paix. Même dans la paix domestique.

Si une guerre y a été livrée, entre le mari et la femme, alors avec le dialogue on poursuit avec la paix. Dans la famille, il faut également dialoguer : dialoguer, car avec le dialogue on peut maintenir la paix.

Il y a près de soixante ans, le Concile Vatican II, parlant de la construction de l’édifice de la paix, affirmait que « cette œuvre exige que [les hommes] ouvrent leur intelligence et leur cœur au-delà des frontières de leur propre pays, qu’ils renoncent à l’égoïsme national et au désir de dominer les autres nations, et qu’ils entretiennent un profond respect envers toute l’humanité, qui s’avance avec tant de difficultés vers une plus grande unité.  » (Gaudium et spes, 82).

Au Bahreïn, j’ai ressenti ce besoin et j’ai souhaité que, dans le monde entier, les leaders religieux et civils sachent regarder au-delà de leurs propres frontières, de leurs propres communautés, pour prendre soin de l’ensemble. C’est la seule façon d’aborder certains problèmes universels, comme par exemple l’oubli de Dieu, la tragédie de la faim, le soin de la création, la paix.

Ensemble, on pense cela. Dans ce sens, le Forum de dialogue, intitulé “Orient et Occident pour la coexistence humaine”, a exhorté à choisir la voie de la rencontre et à rejeter celle de la confrontation. Combien nous en avons besoin ! Combien avons-nous besoin de nous rencontrer !

Je pense à la guerre folle – folle ! – dont est victime l’Ukraine martyrisée, et à tant d’autres conflits, qui ne seront jamais résolus par la logique puérile des armes, mais seulement par la force douce du dialogue. Mais au-delà de l’Ukraine, qui est martyrisée, pensons aux guerres qui durent depuis des années, pensons à la Syrie – plus de 10 ans !

– Pensons par exemple à la Syrie, pensons aux enfants du Yémen, pensons au Myanmar : partout ! Maintenant, plus proche est l’Ukraine, que font les guerres ? Ils détruisent, ils détruisent l’humanité, ils détruisent tout. Les conflits ne doivent pas être résolus par la guerre.

La voie de la rencontre plutôt que celle de l’affrontement

Mais il ne peut y avoir de dialogue sans – deuxième mot – rencontre. Au Bahreïn, nous nous sommes rencontrés, et plusieurs fois j’ai entendu le souhait qu’entre chrétiens et musulmans, il y ait plus de rencontres, qu’il y ait des relations plus fortes, que chacun prenne l’autre plus à cœur.

Au Bahreïn – comme c’est la coutume en Orient – les gens portent la main à leur cœur lorsqu’ils saluent quelqu’un. Je l’ai fait aussi, pour faire de la place en moi pour ceux que j’ai rencontrés. Car, sans accueil, le dialogue reste vide, apparent, il reste une question d’idées et non de réalité.

Parmi les nombreuses rencontres, je repense à celle avec mon cher frère, le Grand Imam d’Al-Azhar – cher frère ! et à celle avec les jeunes de l’École du Sacré-Cœur, des étudiants qui nous ont donné une grande leçon : ils étudient ensemble, chrétiens et musulmans. En tant que jeunes, en tant qu’enfants, il faut apprendre à se connaître, afin que la rencontre fraternelle prévienne les divisions idéologiques.

Et ici, je veux remercier l’École du Sacré-Cœur, remercier Sœur Rosalyn qui a si bien dirigé cette école, et les enfants qui ont participé avec des discours, des prières, des danses, des chants : je m’en souviens bien ! Merci beaucoup.

Mais les anciens ont également offert un témoignage de sagesse fraternelle : je repense à la rencontre avec le Conseil Musulman des Anciens, une organisation internationale fondée il y a quelques années, qui promeut les bonnes relations entre les communautés islamiques, sur la base du respect, de la modération et de la paix, en s’opposant au fondamentalisme et à la violence.

Des alliances fraternelles au nom d’Abraham

Ainsi nous allons vers le troisième mot : marche. Le voyage au Bahreïn ne doit pas être considéré comme un épisode isolé, il fait partie d’un parcours, inauguré par Saint Jean Paul II lorsqu’il s’est rendu au Maroc.

Ainsi, la première visite d’un Pape au Bahreïn a représenté une nouvelle étape dans la marche entre les croyants chrétiens et musulmans : non pas pour confondre ou édulcorer la foi, non, le dialogue n’édulcore pas ; mais pour construire des alliances fraternelles au nom du Père Abraham, qui était un pèlerin sur terre sous le regard miséricordieux du Dieu unique du Ciel, Dieu de la paix.

C’est pourquoi la devise du voyage était : « Paix sur terre aux hommes de bonne volonté ». Et pourquoi je dis que le dialogue n’édulcore pas ? Parce que pour dialoguer, il faut avoir sa propre identité, on doit partir de sa propre identité. Si tu n’as pas d’identité, tu ne peux pas dialoguer, car tu ne comprends même pas ce que tu es. Pour que le dialogue soit bon, on doit toujours partir de sa propre identité, être conscient de sa propre identité, et c’est ainsi qu’on peut dialoguer.

Dialogue, rencontre et marche au Bahreïn ont également eu lieu entre chrétiens : par exemple, la première rencontre, en effet, a été œcuménique, de prière pour la paix, avec le cher patriarche et frère Bartholomée et avec des frères et sœurs de diverses confessions et rites. Elle a eu lieu dans la Cathédrale, dédiée à Notre-Dame d’Arabie, dont la structure évoque une tente, celle dans laquelle, selon la Bible, Dieu rencontrait Moïse dans le désert, tout au long de la marche.

Les frères et sœurs dans la foi, que j’ai rencontrés au Bahreïn, vivent vraiment « en marche » : ce sont pour la plupart des travailleurs migrants qui, loin de chez eux, trouvent leurs racines dans le peuple de Dieu et leur famille dans la grande famille de l’Église. C’est merveilleux de voir ces migrants, Philippins, Indiens et autres, chrétiens, se rassembler et se soutenir mutuellement dans la foi.

Et ceux-ci avancent avec joie, dans la certitude que l’espérance de Dieu ne déçoit pas (cf. Rm 5,5). En rencontrant les Pasteurs, les consacrés, les agents pastoraux et, lors de la Messe festive et émouvante célébrée dans le stade, tant de fidèles, venus aussi d’autres pays du Golfe, je leur ai apporté l’affection de toute l’Église. Le voyage a consisté en cela.

Et aujourd’hui, je voudrais vous transmettre leur joie authentique, simple et belle. En nous rencontrant et en priant ensemble, nous avons senti que nous étions un seul cœur et une seule âme. En pensant à leur marche, à leur expérience quotidienne du dialogue, sentons-nous tous appelés à dilater les horizons : s’il vous plaît, des cœurs ouverts, pas des cœurs fermés, durs.

Ouvrez les cœurs, parce que nous sommes tous frères et pour que cette fraternité humaine aille plus loin. Élargir nos horizons, ouvrir, élargir les champs d’intérêt et se dédier à la connaissance des autres. Si tu te dédies à la connaissance des autres, tu ne seras jamais menacé.

Mais si tu as peur des autres, tu seras toi-même une menace pour eux. Car le chemin de la fraternité et de la paix a besoin de tous et de chacun pour se poursuivre. Je donne la main, mais si de l’autre côté il n’y a pas une autre main, cela ne sert à rien. Que la Vierge nous aide dans cette démarche ! Merci !


Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins du diocèse d’Auch et les jeunes de l’École des Francs Bourgeois-La Salle. Frères et sœurs, à l’exemple du peuple du Bahreïn, sentons-nous tous appelés à élargir nos horizons et nos intérêts, en nous ouvrant à la connaissance des autres. Car pour avancer sur le chemin de la fraternité et de la paix, nous avons besoin de tous et de chacun. Que Dieu vous bénisse !

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Samedi dernier à Meru (Kenya) Sœur Maria Carola Cecchin, de la Congrégation des Sœurs de Saint Joseph Benedetto Cottolengo, décédée en 1925, à l’âge de 48 ans, a été béatifiée après avoir été témoin de l’Évangile de la charité envers les populations africaines. Puisse son exemple de femme bonne et sage soutenir ceux qui travaillent à l’extension du Royaume de Dieu… Une salve d’applaudissements pour la nouvelle bienheureuse !

Mes pensées se tournent maintenant vers le peuple chypriote, en deuil national suite au décès de Sa Béatitude Chrisostomos II. C’était un pasteur clairvoyant, un homme de dialogue et un amoureux de la paix, qui s’est efforcé de promouvoir la réconciliation entre les différentes communautés du pays. Je me souviens avec une affection reconnaissante des rencontres fraternelles que nous avons partagées à Chypre lors de ma visite l’année dernière. Nous prions pour le repos éternel de son âme.

Je renouvelle mon invitation à prier pour l’Ukraine tourmentée : demandons au Seigneur la paix pour ce peuple si troublé et qui subit tant de cruauté, tant de cruauté de la part des mercenaires qui font la guerre.

Enfin, mes pensées vont, comme d’habitude, aux jeunes, aux malades, aux personnes âgées et aux jeunes mariés.

Aujourd’hui, nous célébrons la Fête de la Dédicace de la Basilique de Saint Jean du Latran. Avec elle, nous nous souvenons des églises où vos communautés se réunissent pour célébrer les mystères divins. Que le lien avec votre Église augmente en chacun de vous la joie de cheminer ensemble au service de l’Évangile, dans l’offrande de la prière et dans le partage de la charité. Ma bénédiction à tous.


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